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dimanche, 18 juillet 2010
Analyse
L'analyse l'aidait. Sous son scapel, tout oubli s'étoilait d'innombrables soleils. Les trous de mémoire dégorgeaient de laves et de souvenirs. Des mille-pattes déambulaient. Le vieux père, la vieille mère, loin de rester statues de caillou, se peuplaient de failles, d'îles, d'ailes, de feuilles, et formaient d'incroyables fouillis. Que de vagues ! Que d'ondes ! Que de forêts et de cimetières ! Il s'y abandonnait. La délectation à s'effacer en ces buissons ardents était intense. Il ne pouvait se regarder en face. Enfin n'être plus Dieu !
En ce délire délicieux, il analysait sans limites le ciel, les arbres, la grosse montagne, la grue par dessus la ville, le corbeau par dessus la grue, la plume du corbeau, le poil de la plume, toute la nuit. A force d'analyse, sous la fontaine des mondes, il vivait le plaisir de peser peu. Que suis-je si chaque poil de plume est infini ? Qu'opposer aux tourbillons d'anges ?
Et il parlait.... Et il parlait... A mesure qu'il parlait, parmi tant de diamants ou de crapauds, il perdait, pour lui, toute considération. L'analyse lui donnait de telles ailes... Il s'oubliait dans les soleils qu'il décelait !
Quelle santé ! Quelle sainte extase !
La synthèse menaçait pourtant. Son oeil déjà lancait des filets, formait des blocs, tuait de grosses proies, nommait. Il vérifiait. Il n'avait plus foi en les sources de fées. >
Le poil tout entier, le voilà... Le corbeau, le voici... Il désignait le ciel. Les constellations s'organisaient. Il sentait son père peser en lui, lourde statue. Il se faisait face. Il se trouvait. Il était là !
Plus de nuées, de fouilles, de failles ou de batailles. Le vieux dragon aux milliards d'écailles avait regagné ses grottes avec la fille nue et folle. Le sol était redevenu sûr.
Il avait l'oeil. L'oeil l'avait. Tout était propre. L'analyse n'était qu'un heureux moment parmi les maux de la vérité.
Yves Le Pestipon |
23:00 dans
Il
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