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lundi, 2 août 2010

Lacoste et Montariol : deux bibliothèques des années trente 1

Je fréquente depuis trente ans la bibliothèque de Jean Montariol à Toulouse.

Je viens de découvrir à Bruxelles une bibliothèque d' Henry Lacoste. Je n'y reviendrai peut-être jamais. J'y suis entré par aventure.

La bibliothèque de Jean Montariol fut inaugurée en 1935. Celle d' Henry Lacoste en 1933.

La Bibliothèque de Jean Montariol est une bibliothèque publique, ouverte à tous, contenant toutes sortes de livres et de documents. C'est la Bibliothèque municipale de Toulouse.

La Bibliothèque d'Henry Lacoste est incluse dans la Fondation médicale Reine Elisabeth. On n'y trouve que des ouvrages de médecine, et toute la population n'est pas invitée à la fréquenter.

Ces deux bibliothèques sont fort différentes et mes rapports à elles sont tout opposés, mais je les aime également, et, depuis une semaine que je connais celle d'Henry Lacoste, je désire écrire, entre elles, une comparaison.

Comparer anime. Comparer excerce. Certes, comparaison n'est pas raison, mais la raison, dont le fou surtout ne manque pas, selon Chesterton, ne suffit pas à l'aventure sensible de vivre. La bibliothèque de Lacoste m'a provoqué, dès lors que je l'ai vue, au souvenir de celle de Montariol, qui me donne à voir Lacoste, qui m'illumine Montariol, et j'oscille, vivant, entre les deux oeuvres. En elles et par elles, je paraîs, et elles par moi. La comparaison est une saine trinité en actes, sans hiérarchie nécessaire, dont les termes sont un sujet et deux objets, qui deviennent sujets par l'objet, tandis que le sujet s'objective, s'il compare sans abandon, dans un lucide parti-pris des choses.

Faut-il haïr comme, et suivre André Breton ? Je ne le crois pas. Comme évite les ensorcellements de la fusion, que provoque la métaphore, toujours quelque peu Circé. Comme maintient l'oeil critique à l'acte même du rapport amoureux. Il préserve l'humain de la perte en l'animal. Comme est l'oeuvre d'un sujet, qui ne s'abolit point au jeu qu'il établit entre les choses, et rit. Comme propose en l'acte poétique une distance qui évite de se jeter dans les bras de Circé ou les laves de l'Etna, mais il indique aussi qu'on ne se tiendra pas, tremblant, sur la planche du philosophe, en refusant les souffles et les chairs. Comme est le signe d'un vertige choisi, car visionnaire. Comme est le choix d'Homère, ou d'Ulysse. Il aventure au lit des sorcières, mais il permet de poursuivre ailleurs l'aventure.

Je dois à Fréderic Hosssey mon pasage dans la bibliothèque de Lacoste. Frédéric lui-même n'y était jamais entré. Grand admirateur de Lacoste, il m'avait déjà fait connaître l'église de Bléharies, mais il n'avait jamais franchi l'étonnante porte que l'on rencontre au premier étage de la Fondation médicale Reine Elisabeth à Bruxelles.

Nous avions peu de temps. Frédéric Hossey ne s'attarde pas. Il passe. Il montre. Il file. La marche à vif l'exalte.

La Fondation médicale Reine Elisabeth est un bâtiment ajouté en 1933 au grand ensemble de l'hôpital Brugman construit par Horta. C'est une longue construction de briques avec toit élevé, qui se développe le long d'une avenue, dont la sépare une étroite bande de jardin peuplée de vieux fruitiers, et une grille avec un portail orné de plaques métalliques régulièrement découpées, qui pourraient évoquer des outils.

L'enchantement commence quand on entre dans le hall. D'un coup, on se trouve en présence de couleurs. Les colonnes, les murs, le sol, les vitraux proposent des applats réguliers, qui alternent, créent des effets de symétrie et de variations, mais on n'aperçoit aucune image. L'effet est accentué par l'absence, sur deux colonnes, qui auraient dû présenter des têtes royales, de ces têtes. Lacoste ne nous impose aucun regard animal ou humain. Pas de paysage. Pas de Dieux. On entre parmi des formes et des couleurs, dont les découpures sont nettes, et les effets multiples.

Quand on monte le grand escalier, qui fait face à la porte d'entrée, on éprouve mieux la force des vitraux et des bandes de carreaux précisément disposées. On touche. On caresse. On examine. On est emporté, sans les lourdeurs de la culture, vers le premier étage où l'on affronte, au centre du bâtiment, la porte de la Bibliothèque.

Jean Montariol, à Toulouse, a construit une Bibliothèque qui s'annonce : une grande inscription, une immense porte ornée de figures de l'imprimerie et des métiers du livre, une gigantesque frise sculptée racontant l'histoire entière de la vie et des hommes, et même deux femmes nues représentant la Littérature classique et la Littérature moderne ne laisent aucun doute sur les fonctions du bâtiment. Quand on y entre, les couleurs se déploient, mais avec moins de vivacité que dans le hall de Lacoste. Surtout, si le sol est couvert d'un carrelage aux formes géométriques, on rencontre des tableaux et un vitrail peuplés de corps. Jean Montariol a demandé aux Artistes méridionaux d'orner sa Bibliothèque avec le monde, les mythes, l'histoire. On voit des visages plus ou moins connus, des jambes, des torses, le Parnasse occitan La Fontaine ou de Claude Chappe, le travail de Guttenberg, une belle nature, et tout le Parnasse Occitan avant d'atteindre aux employés qui remettent les livres que l'on vient consulter. Lacoste laisse les images des fesses, des poètes et des arbres à l'extérieur de l'hôpital, où les chairs sont soignées. C'est dans les livres de médecine, au sein de la Bibliothèque, qu'on trouvera les représentations précises, utiles, et toujours merveilleuses, que les savants étudient. Mais, pour cela, il faut entrer, par le corps du bâtiment, dans la Bibliothèque, et donc montrer, en quelque manière, patte blanche parmi les vives couleurs du hall et de l'escalier.

A suivre.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Lacoste et Montariol : deux bibliothèques des années trente 1 22:34 dans Voyages

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