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jeudi, 5 août 2010

Lacoste et Montariol : deux bibliothèques des années trente 2

Suite de cet article.

La porte de la Bibliothèque s'inscrit dans un grand carré de carreaux colorés répartis en six bandes d'inégales largeurs. De chaque côté, jusqu'à mi-hauteur, paraît une alternance de bandes verticales vertes et blanches. Une bande bleue horizontale rencontre le grand carré en son milieu. Le mur au dessus est blanc.

La porte elle-même est double, en bois jaunâtre, mais les carreaux qui l'environnent lui donnent un caractère monumental que l'on croirait d'un palais assyrien, si le mot BIBLIOTHEQUE ne s'incrivait en grandes lettres noires dans un cartouche rose très clair. Ce qui frappe peut être le plus, c'est la présence d'une large bande ornée de dix roues dont le centre est rouge, la périphérie blanche, et la partie médiane bleue. Chacune est structurée en huit triangles formés par les rayons. Pas un visage. Pas un corps. Ici, rien ne pleure ou ne sourit. Les Muses et les fesses sont absentes.

Ce dispositif frontal impose respect, donne du désir, et construit un luxe sacré. Il est à la fois charnel et géométrique. Le rose tendre qu'il propose, la fantaisie régulière des roues, les bandes strictes et le miroitement des carreaux en font la beauté.

Frédéric Hossey a débusqué une laborantine. Nous sommes des architectes passionnés, avides de visiter la Bibliothèque de la Fondation. La dame nous a jugés crédibles. Avec un heureux sourire, elle nous a ouvert la porte, nous proposant de rester sans surveillance autant qu'il nous plairait. Puis, elle s'est retirée.

La Bibliothèque accueille dans son silence. Elle est le centre sensible du bâtiment. Tout se déploie autour d'elle et des fragilités qu'elle contient, mais rien ne l'indique depuis la façade. Elle est un secret partagé, mais qu'il faut désirer. On y entre avec le sentiment d'être initié. Ce jour là, il n'y avait personne.

La salle est un vaste rectangle éclairé par des fenêtres qui font face à la porte d'entrée. De grandes tables occupent l'espace central. Les livres sont disposés en hauteur sur trois côtés. Henry Lacoste n'a pas choisi d'employer les bandes de carreaux colorés qui illustrent le hall, l'escalier et la face de la porte. Les carreaux sont limités au sol où ils déploient des tons apaisants. La seule ornementation, ce sont des coquilles Saint Jacques en métal argenté régulièrement disposées sur la grille bleue qui court au rang supérieur des livres.

Ces coquilles répondent à une idée centrale : cette Bibliothèque est à l'intérieur du bâtiment comme la chair sensible qu'abrite une coquille. Elle est aussi le lieu de santé essentiel de l'Hôpital car c'est par le savoir issu des livres que les corps y guérissent. Enfin, elle est l'espace d'un pélerinage. On vient au champ de ses étoiles après un long voyage largement intérieur.

Lacoste se tait. Il ne souligne pas. Il n'installe pas, dans l'hôpital, une phrase ou une statue qui signalerait Saint Jacques. Il propose, sans bavardage, les formes naturelles des coquilles. Au lecteur de rêver à ces beautés de métal qui se tiennent et qui semblent, d'une part, répondre par leur douceur aux formes violentes découpées pour les griles extérieures et, d'autre part, accomplir en volume les roues que proposait la porte de la Bibliothèque...

Jean Montariol a disposé une vaste coupole au centre de sa Bibliothèque. De la lumière afflue par là, à travers des lentilles de verre coloré. Toute la pensée de tous les lecteurs semble se concentrer par cette coupole, dont la forme géométrique répond aux figures nombreuses des fresques et des sculptures. La coupole donne unité et force de méditation à l'immense volume de la Salle qui est aussi éclairée par des verrières. Là, tout un peuple de lecteurs peut travailler sans l'obsession des livres qui, nulle part, ne le surmontent. Le monument invite chacun au respect et à la communion pensive.

Montariol travaille à montrer au peuple la tradition d'humanité qui aboutit à la Bibliothèque. Il est un socialiste spiritualiste dans la tradition de Jaurés. Il unifie le réel divers du monde, où il voit le sens d'une histoire, par une coupole régulière, d'où vient de la lumière, et où les sons peuvent résonner. Lacoste travaille à la concentration d'un petit groupe de savants. Il veille à leur étude par la régularité des formes, la beauté des lumières, la qualité des matériaux, et la sacralité. Il n'a pas besoin de discourir par des images. Sa Bibliothèque n'est pas une rhétorique. Elle est un silence luxueux. Elle est la chose même où on lit.

Ces deux Bibliothèques sont à peu près contemporaines, mais leurs auteurs ne se sont pas rencontrés et leurs programmes étaient fort lointains. Ils font sentir que l'architecture est une heureuse discipline pour qui veut lire. Le désir des textes et leur pratique s'ordonne volontiers aux monuments, dont une leçon est la nécessité, pour que vive l'esprit, d'une pensée splendide des formes. Voyager entre les Bibliothèques procure l'expérience des chantiers d'un même secret public : tout lecteur est construit par quelques bibliothèques.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Lacoste et Montariol : deux bibliothèques des années trente 2 14:47 dans Voyages

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