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« Nuit de Noël place Pinel »

dimanche, 26 décembre 2010

Nuit de Noël place Pinel

Je n'ai pas osé me rendre place Pinel la nuit de Noël.

La nuit de Noël, place Pinel, est une nuit froide. L'Espace canin est riche en crottes laissées les jours précédents par des chiens problématiques que personne n'a jamais aperçus. Les bancs sont vides. Dans le Kiosque, aucun orchestre ne joue. Le panneau boulodrome n'en finit pas de se faire tordre dans un platane et de laisser apparaître Rome.

On ne peut toujours pas appeler l'unique cabine téléphonique, que les Télécoms ont installée au cours de l'année 2010.

On peut tirer des sacs en plastique noir aux deux distributeurs que la Municipalité a fait installer au cours de l'année 2010.

On peut longuement faire couler l'eau de la fontaine près du Kiosque, et se laver les mains. On le peut, mais il fait froid.

On peut introduire un appareil-photo sous le Kiosque et photographier le parapluie.

On peut marcher. On peut faire un tour. On peut regarder le programme du Quine. On peut admirer l'affiche de Rigolus Park. On peut considérer la maison qui s'est déconstruite, puis reconstruite au cours de l'année 2010, et dans le chantier de laquelle, un moment, le visage du Diable est apparu.

Place Pinel, la nuit de Noël, on peut se souvenir.

On peut se souvenir de tout ce qu'on a fait. On peut se souvenir de tout ce qu'on n'a pas fait, et que d'autres ont fait. Je ne suis pas mort place Pinel. Je n'ai pas fait l'amour place Pinel. Je n'ai pas dormi dans l'Espace Canin. J'ai ramassé de la terre place Pinel. J'ai fait du toboggan place Pinel. J'ai lu Giscard, j'ai planté des radis, je suis revenu place Pinel. Je suis parti de la place Pinel. Plusieurs fois j'ai affronté l'indifférence. D'autres fois, j'ai rencontré l'enthousiasme.

Récemment, dans une soirée, où Chopin se jouait sur un piano Pleyel, toutes les femmes voulaient avoir des nouvelles de la place Pinel.

Au Mexique, des mexicains criaient Pinel dans la nuit, en transportant de la terre.

Nous avons mis de la terre de la place Pinel dans des mains et dans des déserts. Nous avons jeté avec deux cents personnes cette terre dans la Garonne. En 2010, la Revue Inter au Québec a consacré deux pages à la place Pinel. En 201O, les Toulousains de Toulouse ont entendu une conférence sur la place Pinel. Le Théâtre Garonne s'est rempli de spectacteurs de la place Pinel.

La nuit de Noël, je n'y étais pas. J'étais dans mon lit. J'écrivais un roman. La nuit de Noël, j'étais prisonnier des phrases. Chacune clignotait autour de moi : viens, viens, viens encore et développe moi.

La nuit de Noël, j'étais dans les buissons épais des phrases, qui faisaient autour de moi une grande partouze. Il n'est pas facile de satisfaire toutes les phrases.

La nuit de Noël, elles exigeaient que je les nourrisse. Ces vouivres voulaient que je leur mette le monde entier dans le ventre. Le monde entrait par ma fenêtre avec des flocons blancs, des clignotements de lampions, les bruits de fêtes chez mes voisins, et aussi, par l'écran de mon ordinateur, les nouvelles, le prix de l'or qui grimpe, les menaces en Côte d'Ivoire, la guerre en Afghanistan, le numéro des Temps modernes sur les Mémoires du Général, et les cris d'extase des enfants dans des étages, et les voitures dans ma rue, et les lamentations sur les aréoports bloqués dans la radio...

Je pensais à la place Pinel, à son grand vide dans la nuit. Je me disais que mes phrases étaient des dévoreuses et que je leurs cédais. Je les bourrais du monde et de moi, comme des dindes avec des marrons.

Je pensais à l'Espace canin, sans chiens, où quelques crottes gelées, peut-être émises par des fantômes, servaient à consoler la Municipalité impuissante.

Je pensais aux feuilles mortes, au parapluie renversé et seul sous le Kiosque.

Les phrases me prenaient. Les phrases me ventousaient. Les phrases montaient devant moi comme un gros buisson de gorgones.

Les vrais poètes, cette nuit de Noël, étaient place Pinel, où il n'y avait personne. Je manque d'elle.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Nuit de Noël place Pinel 18:56 dans Place Pinel

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