accueil présentation contact portfolio ultraprivé mail
L'Astrée L'Astrée événements présentation portfolio Guallino

« Pierre-Roger de Bousignac »

lundi, 27 décembre 2010

Pierre-Roger de Bousignac

Voici plus de cinq cents jours, deux femmes ont rencontré un crâne en plastique.

C'était à Labastide de Bousignac dans un vide-grenier.

Le crâne les a séduites. Elles l'ont acheté. Elles l'ont nommé Pierre-Roger de Bousignac.

Le nom s'est imposé. Il était l'évidence.

Les deux femmes ont décidé de vivre à tour de rôle avec le crâne. A la fin de chaque période de deux mois, elles se le passent en grande cérémonie. Ce sont les passations. J'ai assisté à plusieurs passations. Chaque fois, l'affaire est d'importance. Des rites sont pratiqués. Une assistance est convoquée. Des vêtements luxueux et des discours sont mis en mouvement. Les lieux ni les modalités ne sont jamais les mêmes.

Les deux femmes, à tour de rôle, ont le crâne, et elles l'imposent à leurs hommmes et à leurs chats. Le crâne est entretenu, caressé, habillé, photographié, emmené en voyage. Il fait des visites. On lui rend visite. On enquête sur son histoire. On se rend dans les bibliothèques. On écrit. On parle. Un site internet met en ligne.

Pierre-Roger de Bousignac a ses partisans, et ses adversaires. Il a aussi ses indifférents. Beaucoup de gens qui n'en ont jamais entendu parler se rangeraient dans l'un ou l'autre de ces camps. Il importe, pour que la guerre soit plus générale, de leur apporter la nouvelle de ce crâne, des activités qu'il engendre, du rite de deux femmes avec lui.

Laissons de côté ceux qui le critiquent pour son manque de vérité historique. Ils tirent prétexte du plastique pour se gausser. Mais faut-il tout fonder en vérité historique ? Giscard, dans son dernier livre, se prend avec raison pour Napoléon. Ne nous livre-t-il pas un beau songe qui vaut le monde, et dit du monde : un roman ? Pierre-Roger est un vrai roman. Il est, selon Sollers, une aventure physique et spirituelle qui permet le maximum de liberté possible. Mieux vaut, de ce point de vue, qu'il soit en plastique que mort.

Les plus vicieux de ses contempteurs le réduisent, sans le dire, à un jeu de femmes. Ils supposent, silencieusement, que l'art est une affaire d'hommes reconnus artistes. Ils ne croient pas à la poésie. Ils lui préfèrent les listes de valeurs. Or, Pierre-Roger est oeuvre légère d'échanges. C'est une table tournante aux enfances de l'infini. Loin d'être une vanité, qui rabattrait la vie sur la mort, son espace presque vide, comme le kiosque de la place Pinel, fait résonner les crapauds et les roses que l'on désire y inventer.

Ce crâne est une nacre, où se retourne, sans renacler, notre ancre en incarnation. Il nous permet de poser aux profondeurs de notre rêve un sol d'où s'aventurer.

Les deux femmes se le passent sans jalousie. Parfois, elles le font voyager. Parfois, elles lui font la cuisine. Certains jours elles le perdent, ou le caressent. D'autres jours, elles le baignent, ou lui racontent les secrets. Elles lui téléphonent volontiers. Elles le conduisent dans des églises.

L'affaire est discrète. C'est un amour sans mise à mort. Chose rare. Grand mystère.

Faut-il parler d'un art modeste ? Sans doute pas. Pierre-Roger de Bousignac est le père glorieux, mais sans vanité, de ses ancêtres. Il est l'auteur, fier de l'être, des lettres de cet article, et des femmes qui le possèdent. Il invite à son site, qui n'est pas en Pologne, c'est-à-dire nulle part, donc est ici.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Pierre-Roger de Bousignac 19:02 dans L'Astrée

Cet article est incommenté. (le commenter ?)

Ici, vous pouvez écrire un nouveau commentaire...

Merci de votre inscription, . Vous pouvez maintenant écrire votre commentaire. (déconnexion)

Ces informations :


Quelques commentaires sur les commentaires

Les adresses e-mails ne sont jamais affichées sur le site.

Les passages à la ligne et sauts de paragraphes sont automatiquement convertis — inutile d'utiliser les tags <p> ou <br/>. De même, les accents, la ponctuation, les apostrophes, etc... sont automatiquement convertis en code HTML.

Créez des liens en utilisant la balise HTML standard <a href="http://mon.url.ici"></a>. Les balises HTML suivantes peuvent être utilisées strong, em, cite, code. Les autres seront détruites.

Site d'Emmanuel Riboulet-Deyris (contact) | MT 3.16 | XHTML 1.0 | CSS
Ce site, hébergé par le très agréable Lost-Oasis, est sous licence Creative Commons.
Syndication : flux RSS 1.0 RSS 2.0 | flux de commentaires XML | Atom XML | L'Astrée remercie Patrick Guallino.