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mardi, 18 janvier 2011

Dans la nuit du 19 janvier 2011

Dans la nuit du 19 janvier 2011 à Toulouse, sur un lit, dans une chambre, parmi des livres et des statues s'écrivent ces lignes. Un portable Sony de couleur blanche les fait apparaître à mesure que les doigts d'un homme de cinquante quatre ans tapent sur le clavier.

Ce portable a traversé les océans pour être en état de fonctionner dans cette chambre. Ces doigts ont bougé pendant cinquante quatre années au bout de deux bras qui se rejoignent vers un torse où un coeur bat, a battu, propulsant un sang fait de globules, d'eau, de sels, et où circulent d'innombrables animalcules.

Souvent ce corps aurait pu mourir. Il mourra. Il est possible qu'il soit bientôt dans ce lit allongé et blafard. Il est possible aussi qu'il parle, qu'il monte des montagnes, qu'il se penche sur des bâtées aurifères pendant de longues brèves années.

Ces lignes s'écrivent par lui. Sans lui, elles ne seraient pas. Mais ces lignes ne sont pas lui, pas plus qu'elles ne sont la chambre, la nuit, la statue Dogon qui se tient dans la chambre, le tableau de Philippe Vercelloti, le morceau de bois flotté fossile trouvé dans le Miocène de Touraine. Elle ne sont pas non plus la voiture qui vrombit, ni la barrière qui protège la Résidence, ni les voisins qui tremblent, et encore moins la révolution tunisienne, ou les petites prostituées brunes qui font le tapin le long du Canal. Elle ne sont pas cela, mais quoi d'autre ?

Ces lignes se mettent en ligne. Ces lignes paraissent sur l'Astrée. Un homme ouvre le site. Il les lit. Il est dans un bureau, dans une chambre. Ce n'est pas la nuit. Ce n'est surtout pas la nuit du 19 janvier 2011 à Toulouse. Cet homme ou cette femme est dans une île. L'année passée, il a planté un bananier. Il voit qu'il peut déjà récolter des bananes, et il s'est mis curieusement sur Internet, où il se trouve que ces lignes parlent de lui... Ou bien, il est en Tunisie. Il y a la révolution. Il a allumé un ordinateur. Il a cliqué. Cette page est apparue. Il la lit. Il a envie d'être dans une chambre tranquille en France... Mais non. Il monte sur une barricade. Il n'a pas peur.

Dans la nuit du 19 janvier 2011 à Toulouse, vers une heure du matin, l'auteur de ces lignes, aux bords de s'endomir, les compose. Il devrait depuis un moment avoir éteint sa lampe. Rien ne sert d'écrire si tard, des lignes qui ne font que se dire.

L'auteur de ces lignes pense à la mer, pense à des femmes, pense à Montaigne dont il lisait l'Essai sur la tristesse. L'auteur de ces lignes n'est pas triste. Il est à son affaire. Il pense à Montaigne dans sa tour en train de regarder ses poutres. Il fixe son attention sur le souvenir qu'il a de l'existence d'une poutre, celle où Montaigne avait fait écrire : Je ne décide de rien. Il voit alors une araignée à son plafond. Il veut la tuer. Il ne veut pas. Il compte ses raisons, pour et contre. Compter ses raisons l'endort.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Dans la nuit du 19 janvier 2011 23:54 dans

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