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« La représentation littéraire : un douteux concept »

vendredi, 7 janvier 2011

La représentation littéraire : un douteux concept

La représentation littéraire est une expression. On la lit, par ci par là, dans des ouvrages. On la rencontre, cette année, aux programmes des concours des Ecoles Normales Supérieures.

L'article défini singulier la l'introduit : elle se distinguerait d'autres représentations qui ne seraient pas littéraires, et elle aurait une unité spécifique.

Représentation littéraire ne serait pas représentation picturale, théâtrale, sculpturale, cinématographique, gestuelle... Ce serait la représentation qui caractériserait, et que caractériserait la littérature.

Qu'est-ce que la littérature ? On sait, depuis de nombreuses années, que cette notion est historique, qu'elle n'a pas toujours existé, qu'elle n'existe pas partout. Là, où elle existe, dès qu'on en parle, on s'entend mal sur elle. On peut à la rigueur s'accorder sur l'idée que la littérature est une représentation que l'on se fait collectivement, selon des traditions, d'un ensemble de productions de la langue. Si tel est le cas, la représentation littéraire serait la littérature en train d'être produite comme représentation, ou la représentation produite par ce qu'on se représente comme littérature... La confusion commence.

Peut-on espérer la réduire, en disant que la littérature est essentiellement un art de la langue ? Cela suffirait, du moins, à l'opposer à la peinture, à la sculpture, à la danse, ou au cinéma. La représentation littéraire, ce serait la représentation du monde, ou du réel, ou du donné, ou de tout ce qu'il vous plaira, par des mots organisés en textes.

Mais quand les mots assemblés peuvent-ils étre dits littéraires ? A partir de quand, d'où, de quel degré d'organisation, de quel degré et de quel type de qualité, leur tissu peut-il être dit littéraire ? Existe-t-il des critères sûrs de littérarité ? On ne saurait répondre à ces questions, sinon par un rire.

La représentation littéraire, s'il s'agit de la caractériser par l'emploi d'une langue devrait s'appeler représentation en langue française, ou allemande, ou chinoise, ou représentation verbale, ou représentation textuelle, ou représentation linguistique, ou représentation langagière, ou représentation en paroles. Libre choix. Mais on y perd le beau mot, le mot tant et tant merdique et protecteur, de littérature. Et ceux qui ont inventé représentation littéraire font les mouches sur ce gros mot...

Tentons de sauver l'expression : dans des textes, qu'on ne dit pas littéraires ces jours-ci, en notre France, scolaire, universitaire, éditoriale, il y a des représentations littéraires, c'est-à-dire des manières de représenter le monde qui viennent d'autres livres. Quand on raconte sa vie, sans prétendre à l'art, on emploie des modèles romanesques, ou biographiques. Lors d'un discours de départ à la retraite, on peut raconter la carrière de celui qui part comme une belle aventure. Nos vies, nos amours, nos morts, et nos promenades abondent en représentations littéraires. Presque impossible de s'en défaire, et de sentir en direct. On ne ne s'empêche pas facilement d'être des imitations.

Par ce biais, quelque peu anthropologique, Représentation littéraire serait sauvée, mais pas son caractère unique... De plus, le programme des ENS invite à étudier cinq oeuvres particulières de la tradition dite littéraire française, réparties en cinq siècles, en cinq genres. Le corpus est chaotique, mais on n'y trouve pas de romans à l'eau de rose, de récits de voyages, de discours pour futurs retraités, de pages du Guide vert, ou bleu, ou même de séries de diapositives des Alpes ou de la Touraine pleines de Rousseau ou de Rabelais... Les oeuvres choisies ne forment pas corpus suffisant ou cohérent pour une étude des mécanismes d'engendrement, de diffusion, et d'altération des représentations littéraires.

Laissons là notre anthropologie.

les concepteurs du programme voudraient faire supposer, par l'article défini, qu'existe la représentation littéraire. J'observe que si La Fontaine, Mischima, Serge Pey, ou Papillon de Lasphrise font ou font fait ce qu'on appelle de la littérature, et réprésenté le monde, eux-mêmes, leur activité, les langages, l'unité de la représentation littéraire n'apparaît pas. Quand Serge Pey emploie des bâtons, des tomates, tout son corps, les mots espagnols, français, occitans, guaranis mêlés, quand Apollinaire fait des calligrammes, quand Artaud hurle à la radio, quand Basho fait des haikus, bien fort qui pourrait penser l'unité, même problématique de la représentation littéraire...

Le mot représentation lui-même présente force difficultés. Notons en une : quand on parle de représentation préfectorale, ou parlementaire, on sait de quoi on parle. Les représentants ont des insignes, des délégations, des nominations. Quels sont les insignes, les rôles, les nominations de la représentation littéraire ? Au nom de qui se présente-t-elle ? De la littérature ? Giscard, quand il se signale comme Académicien, est-il une représentation littéraire ?

Représentation littéraire est une de ces notions dont l'Université littéraire française se pare. Pierre Glaudes et Catherine Volphillac l'ont inscrite aux programmes des Ecoles Normales Supérieures, après avoir confondu, pour le premier, dans le sujet 2010, affection, et affectation, et, pour la seconde, en 2OO9, multiplication et explication. Ils ont donné des ordres pour corriger des milliers de copies malgré leur faute. Ils se sont laissé payer pour cette infamie, et ont écrit des rapports grotesques. On voit le prix qu'ils accordent au sens des mots... De nombreux universitaires ont accepté de collaborer.

La représentation littéraire est au programme. On invite des jeunes gens à méditer avec cette notion. La critique littéraire, en France, depuis quelques années, est à ces types d'errements, aux vanités, aux minuscules ambitions. La prolifération des articles et des livres dont elle envahit, aux frais du contribuable, des étagères, masque mal qu'elle renonce à se critiquer. Elle se flatte. C'est la Grenouille.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : La <i>représentation littéraire</i> : un douteux concept 20:19 dans Etudes littéraires

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