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« Place Pinel, et centre du monde »

mercredi, 12 janvier 2011

Place Pinel, et centre du monde

Une des erreurs, quant à la place Marius Pinel, est de la dire le centre du monde.

J'ai rencontré des gens affirmant que je l'affirmais. Plusieurs de mes collègues ou voisins ont répandu ce bruit. Ils m'associent à Dali et à la gare de Perpignan.

Je mesure les angoisses des fondateurs du christianisme voyant une multitude de sectes professer des hérésies. Je songe à ce que font, avec les plus précieux enseignements de l'Université, quelques auteurs de programmes.

Si l'on peut, avec raison, parler de centre du monde, c'est que le monde est pensé comme clos, mais on erre si l'on parle de centre de l'univers. Le centre d'un cercle est le point à égale distance de tous les points de sa circonférence. On pourrait donner définition analogue du centre d'une sphère. Le centre de la France est le point que l'on estime être le plus possible à égale distance de chacun des points de sa frontière. Comme la forme de la France est étrange, comme la Terre n'est pas plate, ce point fait discussion, mais il n'est pas absurde d'en parler, puisque la France métroplitaine est un espace limité et cohérent.

Le centre existe au monde, mais le monde n'existe pas. On le sait depuis quelque siècles. La place Pinel, qui existe, n'est donc pas le centre du monde. Elle est encore moins le centre de l'Univers. Prétendre qu'elle est ce centre revient à la ramener historiquement très en arrière, bien avant la révolution copernicienne. La place Pinel est postérieure à la relativité. Quand elle prend place à Toulouse, vers 1930, l'Humanité est passée depuis trois siècles du monde clos à l'univers infini. Moi aussi, et je n'ai pas le fétichisme du centre.

Un autre sens de centre s'est répandu au XXème siècle. Partout il est question de centre commercial, de centre de loisirs, de centre touristique, ou de centre de soins. Le centre est en ces cas un lieu où des activités se mènent particulièrement. Des gens y vont, sachant ce qu'ils cherchent. Des gens en partent, contents, ou déçus. Le centre est un lieu de convergence et de rayonnement. Il est comme un noeud où se rassemblent, de manière complexe, et d'où partent en directions diverses, des cordes. De ce point de vue, il n'y a pas de centre du monde. Il existe une multiplicité de centres, toujours équipés d'adjectifs, ou de déterminants. Leur nombre est potentiellement infini, comme celui des adjectifs, car on n'en finit pas d'adjoindre.

On peut penser la place Pinel comme un tel centre. En elle se noueraient, métaphoriquement, des lignes. Des activités se produiraient, et produiraient. C'est ainsi que des individus viennent place Pinel, partent de la place Pinel, répandent dans le monde la place Pinel, et songent depuis les lieux les plus divers aux chemins qui y mènent.

Si elle est un tel centre, reste à déterminer son adjectif. Pour certains, puisqu'elle est le lieu où ils vont principalement promener leurs chiens, elle est un centre ambulatoire canin. Pour d'autres comme ils y jouent à la pétanque, elle est un centre bouliste. D'autres y voient un centre érotique, d'autres encore un centre scolaire, un centre d'étude des pâquerettes, de vente du cannabis, d'apprentissage du tobboggan, ou de dépêchothérapie. La place Pinel est un centre à déterminations multiples. Elle est un centre divers.

Remarquons que tout lieu de la Terre est un tel centre. S'il ne l'est pas encore, il l'est potentiellement. Comme tout lieu comporte un nombre infini de lieux, et se combine, lui-même, à d'autres lieux, pour en former d'autres, on ne risque pas de manquer de centres. Leur nombre est infini comme celui de leurs qualités.

La place Pinel, cependant, mérite attention. Depuis que des lignes de ma vie et celles de la vie de quelques uns de mes amis s'y nouent, depuis que nous y pensons, pensons par elle, agissons depuis elle vers divers lieux, elle est un centre pinélien, voire le centre pinélien, ou plus exactement le centre autopinélien d'études pinéliennes. La place Pinel est un centre dont une détermination n'est autre qu'elle-même, ceci, du moins, pour ceux qui y pensent. Elle est en somme un centre plein de la place Pinel, dont le déploiement n'est autre qu'elle. Qu'on lise, en anagramme, plein dans Pinel ou Pinel dans plein, signale aux lettres de notre langue que l'affaire n'est pas ailleurs.

La place Pinel est en substance son centre, si l'on entend par là que convergent vers elle, s'y nouent, s'y dénouent, et en divergent, la plupart des activités qui provoquent sa présence, et la provoque. Elle est le centre de ce qui la met en présence, par sa culture. Il faut cultiver la place Pinel.

Je crois que la bonne culture, qui n'est pas étal tueur de raretés, manifeste la banalité de tout, et que, par elle, tout se féconde. Le banal, tout comme l'anal, produit le fumier de nos roses. Il faut cultiver tout, y compris les culs, sans sacrifier aux cultes.

Je veux cultiver la place Pinel, sans culte, mais non sans ferveur. Je veux l'honorer parce que peut se déployer, par elle, en elle, l'infini qu'on crée. Elle est pine et aile. Par elle s'enfonce dans le réel ce qui le multiplie, et me mêle en chair au ciel

Le centre du monde est une nostalgie fasciste. Dali se trompe, et trompe à Perpignan. La place Pinel se présente contre l'obsession du centre, et per joia recomencar.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Place Pinel, et centre du monde 18:01 dans Place Pinel

1 commentaire est apparu (en écrire un autre ?)

  • 1.

    le jeudi 3 février 2011, à 16:36, Sébastien [TypeKey Profile Page] écrivait :

    La place Pinel est le plus court chemin vers l'infini.
    C'est lorsque la périphérie devient le centre en rhizome.
    Le monde contient la place Pinel qui contient dans une de ses innombrables parties l'univers qui contient le monde.
    Strip-tease des poupées russes ou le savoir en devenir de sens.
    Dans tout ce qui est Pinel, se laisser porter de ce qu'on ignore vers le peu que l'on sait.
    La gare de Perpignan est un urinoir de Duchamp : fuck le fétichisme.
    Les centristes de tous poils peuvent se rhabiller : trop polis pour être honnêtes.
    "Toi qui fait le cercle qui me fait, ne me défait pas" dit le poète en traçant des ronds sur des vitres embuées.
    Je t'embrasse sur le compas de nos amitiés.

    Séb

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