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« Le Carnaval de Toulouse et les chats »

vendredi, 30 mars 2012

Le Carnaval de Toulouse et les chats

Ce 30 mars 2012, vers 21h35,comme la nuit est chaude, je compose des lignes dans la cour ronde de ma Résidence, qui se trouve à l'emplacement de l'ancienne usine des cachous Lajaunie.

L'air est doux. Trois chats près de moi circulent. Ils s'agitent.

Le Carnaval de Toulouse bat son plein en ville. D'énormes bruits résonnent dans ma cour qui s'ouvre vers eux et qui a la forme d'une serrure si on la considère depuis le ciel. Les chats et moi bénéficions d'un puissant effet d'écho.

Les chats m'observent. Parfois ils tournent la tête vers le bruit, où je distingue des voix, des tambours, des sirènes.. Une voisine passe et repasse. Elle transporte des pots de peinture, dans l'intention, m'a-t-elle dit, d'employer son week-end à peindre une chambre. Quant à moi, j'écris ces lignes que je publierai dans l'Astrée tout à l'heure.

Je ne parle pas. Les chats me considèrent, se considèrent. L'un d'eux qui s'appelle Biskoto paraît vouloir envisager un don de croquettes. Je ne lui céderai rien. J'écris. Il se frotte à un arbuste tandis que le Carnaval gonfle. Ca hurle. Les sirènes se font plus stridentes. Je ne distingue presque rien sinon ce bruit montant de toutes parts tant dans ma cour ça résonne.

Les voisins ont tiré leurs volets. Chacun est calfeutré. J'entends les échos faibles d'un anniversaire que célèbre une femme dans une autre partie de la résidence. Elle avait mis des affiches, annonçant qu'elle s'excusait. C'était son anniversaire. Elle allait faire du bruit. Mais elle arrêterait à vingt trois heures.

Je me demande pourquoi ce Carnaval gonfle. Pourquoi cette foule-gorge hurlante ? Il ne pleut pas. Un homme, à Toulouse, vient de tirer sur des petits enfants et des jeunes gens. Une plate-forme pétrolière est en train d'exploser. Assad massacre des populations.

Rien de plus vain. J'inscris par mes doigts tapotant sur un clavier la représentation de ce que je vis, et qui va paraître en Grèce, en Chine, aux Amériques, à Paris, à Lyon, dans la Sarthe, ou à Madrid. Un canadien parcourra peut-être ces lignes. Une femme au Mexique en prendra connaissance. Un de mes ennemis en rira. Quelle vanité ! Quel narcissisme !

Les chats courent dans l'herbe. Ils sont manifestement joueurs ce soir, moins méditatifs qu'à l'ordinaire. Un haut-parleur gueule : un, deux trois, un deux, trois, on y va... Je me demande on va vers quoi ? Je suis à l'écart, dans ma cour, avec les chats, dans l'emplacement de l'ancienne usine des cachous Lajaunie

J'ai souvent médité sur les cachous, petits blocs monolithes, rassemblés en grand nombre dans leur boîte solaire. Je les ai remués. J'ai écouté leurs sons. J'ai senti leur présence multiple dans le disque de métal. Les cachous me semblent être la meilleure réponse à la Kaabba, autour de laquelle tournent des millions de gens : ils sont un multiple discret et sombre dans un soleil de poche. Et disparaissant dans la bouche, pour le plaisir, si on les y glisse... Toute boîte de cachous est le mariage mystique de l'hostie et de la Pierre noire, concassée en petits blocs sonores et comestibles.

Ma résidence médite sur la boîte de cachous. J'en parle régulièrement aux chats. Ils m'écoutent. Saint François s'adressait aux oiseaux. Je révèle aux chats les horrificques cachous.

Ce soir, cependant, la langue du bruit envahit l'air doux. Une foule hurle. Des mégaphones sont déchaînés.

Pas une goutte d'eau n'est tombée cette semaine. Le sol et les rivières sont secs. Fin du monde ? Les deux menhirs de Labécède, qui l'annonceront en se rapprochant, sont étroitement surveillés, sur ma demande, par un de mes étudiants, leur quasi propriétaire.

Pas de nouvelles des menhirs et de la fin du monde. Les chats déambulent. Le laurier rose de la cour a survécu au gel.Le Carnaval est une fête. Un belge, une mexicaine ou un robot liront ces phrases. Un jeune homme passe dans la cour et me dit bonsoir.

Rien de tel jamais dans aucun siècle. Le Carnaval, les chats, la langue, et l'obscurité éclatante des cachous, tout est neuf.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Le Carnaval de Toulouse et les chats 20:33 dans L'époque

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