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« Conférences-actions au Hangar »

samedi, 7 avril 2012

Conférences-actions au Hangar

Les 20 et 21 avril prochains, le théâtre du Hangar à Toulouse présente deux soirées de conférences-actions.

Que sont les conférences-actions ?

Dans une conférence ordinaire, le conférencier est un orateur, qui parle dans l'oubli de son corps, des corps qui l'entourent, et sans les choses. A l'idéal, ce conférencier est un power-point, ou un ectoplasme qui se promène devant un immense power-point.

Ce type de conférence a ses mérites. Toute personne, dite compétente,peut produire ainsi des énoncés. Un public peut recevoir des informations. L'abstraction des choses, du moment et de l'implication des corps dans la parole favorise le discours.

En vérité, le modèle pur ne s'observe jamais. Le corps surgit inévitablement. Les choses interviennent. La pluie, la neige, les pannes d'électricité, un avion, le gros tuyau rouge au dessus de la tête de l'orateur produisent divers effets. L'orateur même agit avec ses mains, ses bras, sa bouche, sa tête. Il se lève parfois. Il s'asseoit. Il manipule un crayon, ou une gomme. Il tente des manoeuvres avec son ordinateur. Parfois, il sort un livre ou un gros document de son sac. Pas de conférence réelle sans un minimun de ce que les latins appelaient actio.

Tout conférence n'est pourtant pas d'action. Depuis que Serge Pey a parlé de conférence-action pour caractériser quelques unes de mes interventions à la Cave-Poésie, nous appelons ainsi des exposés oraux où le corps résolument s'expose, en compagnie des choses, dans une situation dont rien n'est caché, et en particulier le public et ses réactions.

Mon instituteur favori - monsieur Fraysse - ne faisait pas cours sur la poule sans une poule. Il apportait du charbon pour le charbon. Il nous faisait toucher, peser, sentir, heurter le bloc sombre. Il parlait depuis sa houille, sa poule, dans sa houille ou dans sa poule. Ses merveilleuses leçons de choses faisaient en nous houle- houle. Ca remuait. Il présentait sa drôle de gueule. Rien de ses mains n'était caché. Il était un corps se sachant corps avec une grosse poule caqueteuse parmi nous, des cartes, des balances, des cahiers, une imprimerie, des livres, et un tas de cartables.

Monsieur Fraysse était le sujet de sa parole. Il ne tentait pas de nous faire croire que la poule ou le charbon l'étaient. Il ne traitait pas un sujet, mais se montrait sujet en disposant un objet, des objets, lui-même parfois comme objet, près de lui et par sa bouche. Il se constituait en ses rencontres.

La conférence-action est un risque. Celui qui la donne ne la répète pas. Il ne récite pas un texte. Il n'est pas un comédien. Il lance sa voix, son ignorance, sa langue, ses errances, ses thèmes, et tout son corps, non sans s'être exercé. Il est un improvisateur exercé. Par toutes sortes de moyens, dont il ignore parfois l'existence avant de commencer, il brise l'étau du discours pour faire naître.

La conférence-action se distingue de la performance, parce qu'elle exige une prise de parole articulée. Elle ne saurait être cris, ou bégaiements, quand même elle traverse les chaos de la voix. Du propos tenu, le public peut retirer un savoir, des idées, une ignorance, des prises de position, et agir avec ce qu'il voit dit. Il n'est pas contraint à la fascination.

Les objets des conférences-actions sont innombrables. Tout peut y jouer quelque rôle. Mieux vaut cependant s'attendre à des objets paradoxaux. J'aime, quant à moi, traiter de quelques aspects de l'oeuvre littéraire de Valéry Giscard d'Estaing, surtout à l'occasion du Printemps des poètes. J'emploie volontiers des boîtes de Vache qui rit pour traiter de la Fin du monde. Les cachous Lajaunie, la place Marius Pinel, ou les poubelles me mettent en bonne voix. Rien n'interdit, certes, de traiter les objets les plus canoniques, comme le rapport poésie/enfance, ou la question de la beauté.

La conférence-action peut se faire à deux, peut-être à trois. Au delà, cela me paraît difficile. Sébastien Lespinasse et moi avons fait plusieurs conférences-actions à deux voix. Nous allons traiter des bouches poubelles au Théâtre Garonne le 4 mai. Nous avons ensemble abordé en plusieurs lieux la place Pinel.

Une conférence-action peut se produire n'importe où. J'ai parlé de la saucisse sèche dans une chapelle et des mégalithes dans une mairie. Le pasteur Jean-Pierre Nizet a exposé la problématique Babybel/Tour de Babel dans des ruines. Xavier Mauléon a su présenter les relations entre Giscard et Diane de Poitiers dans l'aire pique-nique d'une abbaye. Les caves, les garages, les hangars, les théâtres, les musées, les carrefours, le kiosque de la place Pinel sont d'excellents lieux. Les vaches ou les moutons peuvent bénéficier ou souffrir d'une conférence-action. Je voudrais en faire à des abeilles, tant qu'il en reste. Etre piqué serait un risque judicieux.

La conférence-action est le contraire de la communication universitaire, régulièrement ennuyeuse, car sans corps, gonflée au savoir, vaniteuse, généralement répétitive, et publiée. La conférence-action étonne, voire émerveille... Elle prend au corps par le rire et l'émotion. Elle expose corps et chose. Elle s'interompt, est interrompue, démontre l'ignorance de son auteur, et se soucie peu d'être imprimée. Elle n'a corps qu'en son lieu, sa formule. Elle ne renaît jamais deux fois la même. Elle est un acte, pas un calcul de carrière, ou un miroir.

Au théâtre du Hangar, chemin des Cheminots à Toulouse, en deux soirs, s'annoncent quatre conférences-actions :

Vendredi 20 avril

André Gache et Sébastien Lespinasse : « Parages du partage »

Yves Le Pestipon : « Le fromage et la poésie. Prolégomènes à toute méditation sur le fromage du Corbeau »

Samedi 21 avril

Antoine Boute : « Mes pompes funèbres expérimentales »

Yvan Comestaz et Guillaume Gouget : « Toutes les époques sont belles! : le secret de Rainer Werner Fassbinder »

Tarifs : 7 € plein tarif / 5 € tarif réduit / 10 euros pass 2 jours Réservations : 05 61 48 38 29

Vendredi 20 avril / 20h

André Gache et Sébastien Lespinasse : « Parages du partage »

Dialogue libre entre deux bricoleurs de langage autour de quelques poèmes de leur composition qu'ils interprèteront. Manière de questionner l'inconnu d'où ces textes proviennent, de sentir le souffle qui les anime, d'interroger leurs formes particulières et leurs processus de création, manière aussi de partager un mystère, une joie, quelques doutes. Manière de laisser, peut-être, le poème parler et nous questionner dans une traversée des signes.

Yves Le Pestipon : « Le fromage et la poésie. Prolégomènes à toute méditation sur le fromage du corbeau »

Le Corbeau laisse tomber son fromage. Il oublie cette chose qui se tient dans son bec. Il n'en prend pas le parti, dirait, peut-être Francis Ponge. Son désir de montrer sa belle voix, le rend insensible à la présence d'une réalité complexe et désirable, que Saint Augustin, selon Dali, comparait à Dieu : le fromage.

Nous allons rattraper le fromage, sans prétendre donner leçon cruelle, comme le Renard. Nous voulons déployer, contre la fausse poésie du Corbeau, et contre le rire du Renard, notre considération pour une matière naturelle et humaine, liquide et solide, une diversité en un seul corps, qui se trouve au principe de toute poésie qui coule de source, ou de fable, c'est-à-dire de La Fontaine.

Samedi 21 avril / 20h

Antoine Boute : « Mes pompes funèbres expérimentales »

Alors voilà, en ma qualité d’écrivain de polars expérimentaux j’ai monté un nouveau projet révolutionnaire, un truc concernant la mort évidemment, un dispositif révolutionnaire concernant la mort et les enterrements. Mon projet est de rendre tout ça moins chiant, plus sexy, plus grandiose, mégalo. J’ai du coup monté ma petite boîte de mon côté avec deux trois copines et copains, on se fait de l’or en barre je dois dire, puisque notre but tout bonnement c’est : fournir aux clients qui font appel à nous un dispositif artistique expérimental ultra ergonomique à leur mort singulière. Vous souhaitez ne pas mourir bêtement, banalement dans un lit d’hôpital? Faites appel à nous, à notre boîte, on vous proposera un dispositif canon, complètement à la hauteur de la singularité spéciale de votre vie.

Yvan Comestaz et Guillaume Gouget : « Toutes les époques sont belles! : le secret de Rainer Werner Fassbinder »

Tout ce qui nous fait peur, Fassbinder l’a aimé au point d’en faire des films : le couple, la drogue, l’Etat, l’Histoire et toutes les autres formes de la dépendance. En 15 ans et 43 films, il s’est donné une tâche trop lourde pour un seul homme, qui a fini par le tuer : se refaire une famille malgré et avec sa mère et ses amis, retrouver la force du mélodrame et du grand récit malgré et avec la Nouvelle Vague, réconcilier les Allemands avec eux-mêmes malgré et avec la catastrophe nazie, reconstruire une utopie malgré et avec le triomphe de l’Etat-Providence.

Fassbinder a refusé la contemplation de ce qui est, et plus encore le militantisme confortable. Mais son œuvre énorme, multiple et répétitive est un réservoir de fables, de gestes, de phrases et de chansons où chacun peut trouver de quoi se refaire une morale, et tous une politique.

Nous ne savons pas si nous-mêmes y arriverons. Il faudra pour cela organiser une dispute, évoquer les fantômes de Fassbinder, puis redescendre sur Terre. Mais, avec le même orgueil que Maria Braun quand elle dit que « le développement réel traîne derrière sa conscience », nous voulons retrouver la confiance de l’innocent Franz Biberkopf persuadé, dans "Le Droit du plus fort", qu’il va gagner à la loterie ; et l’optimisme un peu fou de Veronika Voss quand elle s’exclame en souriant : « Toutes les époques sont belles ! Je vais faire un nouveau film! ».

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Conférences-actions au Hangar 15:52 dans Méthodes

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