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« Giscard et l'ultime performance »

dimanche, 13 mai 2012

Giscard et l'ultime performance

Il n'y a pas d'âge pour le grand art. Giscard le démontre encore.

L'auteur du Passage sait son âge. Il n'ignore pas que certains croient sa mort prochaine, et l'espèrent. Il se sait vieux, mais il se sait artiste, donc voué au vif. Il ne doit pas gésir.

D'Authon, en janvier dernier parvint une nouvelle : Giscard édifiait son tombeau, et indignait.

Force commentaires dans les articles en ligne disaient le mépris, l'abjection, le sarcasme. Personne ne louait Giscard.

Le dernier roman du maître du Passage - Mathilda - avait déclenché un assez vaste silence et quelques commentaires moqueurs dont celui d'Eric Chevillard, dont on vit ainsi ce qu'il valait.

Après La Princesse et le Président ou La Victoire de La Grande Armée, Mathilda, malgré son paysage africain, marque un retour au grand art du Passage : un roman bref, sans liaison spectaculaire avec l'Histoire, une rare technique d'apparente imperfection stylistique.

Mathilda s'ouvre par ces mots : Je n'ai jamais rencontré Mathilda Schloss. C'est sa tombe qui me l'a fait découvrir.

La tombe rend possible la découverte : idée surprenante, superbe. La tombe, chez Giscard, comme chez le dernier Chateaubriand, est le monument depuis lequel tout se découvre. Si l'Evangile peut - et doit - se lire depuis le tombeau vide, qui mène à la réelle apocalypse, Mathilda s'annonce par une tombe. Ce qui distingue pourtant Giscard de Chateaubriand ou de l'Evangile, c'est l'audace : il place la tombe en première ligne. Il l'ostente d'entrée.

Depuis la performance de la chaise, Giscard est fameux pour son art d'ostenter : chacun se souvient de son départ en 1981, lorsqu'il laissa des millions de télespectateurs fascinés par le spectacle d'une chaise vide. François Mitterand eut beau lui opposer la collection pompeuse des tombes du Panthéon, on se souvient de la chaise. La preuve en est, ce jour, dans le journal le Monde, un grand article affirmant que Sarkozy choisit pour son départ de pas imiter Giscard : le perdant de 2012 est hanté par la chaise de 1981. Il ne pense qu'à elle. On y pense pour lui. La chaise de Giscard est une lumineuse bouche d'ombre.

Cette chaise était une tombe, comme la chaise Gild Holm Ur, pour Gilliatt,à la fin des Travailleurs de la mer.

Pendant trente ans, de 1981 à 2011, Giscard a médité sa tombe. Comment découvrir la bonne découvrante ? Comment faire éclater sa tombe ?

La publication de Mathilda à l'automne 2011 fut un signe. Je vous annonce semblait dire ce livre, que j'ai découvert la puissance découvrante de la tombe.

Giscard alors est passé aux actes.

Nous en avons appris nouvelles dès janvier 2012, dans l'hiver et dans la nuit.

J'en ai nourri une conférence au Hangar, à Toulouse, dès mars. Le public nombreux en fut, apparemment, bouleversé.

Depuis, grand silence.

Plus de nouvelles d'Authon : un espace vide laissé pour découvrir.

Reprenons les faits.

Auhon, dans le Loir-et-Cher, fut longtemps dirigé par Paul de Brantes, le frère d'Anne-Aymone Giscard d'Estaing. Cette dernière semble vouloir être enterrée dans cette commune. Pas dans le cimetière, pourtant.

Elle a acheté un assez grand terrain jouxtant le cimetière. Le bruit a couru que Giscard voulait s'y faire enterrer. Giscard n'a fait aucune déclaration publique. Il laisse dire. La rumeur enfle d'autant plus qu'il décide de faire entourer le lieu de son possible tombeau par une haute et puissante grille. Il crée ainsi, à quelques mètres du cimetière, plus subtilement que Chateaubriand au Grand Bé, la possibilité d'une tombe.

Cette fois, il ne montre pas la chaise sans la pipe. Il montre, sans télé, mais en employant rhizomatiquement les réseaux, un emplacement. Il renouvelle la chaise par la tombe, et fait fleurir cent mille paroles.

Giscard invite à la considération d'un rectangle.

Inutile de souligner que peu d'artistes contemporains vont aussi loin. Artiste du Land art, Giscard prolonge Support Surface, relance l'Arte povera et le situationisme. Il mêle Fluxus de théologie et interroge toute muséographie. Sa radicalité dit l'absence de tout Giscard. Son grand art crée l'anti-gisant.

Giscard n'est pourtant pas de ces artistes contemporains qui se satisfont d'exposer. Il n'est pas le tenant de ce nouvel art convenu qui propose des formes élégantes, vaguement pures, qui ne disent rien. On le sent : son rectangle montre le corps pourri. C'est une fenêtre sur l'horrible.

Giscard ne se contente pourtant pas d'être un Bossuet.

En annonçant son dispositif funèbre, il renouvelle le flot de haine contre lui. Il métamorphose sa mort en scandale.

Cet homme ne veut pas se faire enterrer avec tout le monde ! Il refuse la commune loi. On l'en hait. On l'accable de sarcasmes.

Giscard rend sa réhabilitation impossible.

Beaucoup de gens voudraient le réhabiliter : son septennat n'était peut-être pas était ausi mauvais qu'on l'a cru. Rappelez vous les autoroutes, Kolwezi, les centrales nucléaires... Et puis on se fatigue de mépriser. On voudrait aimer un peu Giscard.

Mais Giscard veille.

Comme Céline, Artaud et les grands maudits, il participe d'une histoire radicale de l'abjection.

Il invite à aller cracher sur sa tombe, qui n'est pas une tombe, ni une pipe.Il se découvre, il nous découvre, il découvre.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Giscard et l'ultime performance 11:06 dans Giscard

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