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« Pauvre Claudine Nédelec »

mercredi, 9 mai 2012

Pauvre Claudine Nédelec

Je ne connais pas Claudine Nédelec. Sur l’édition récente du Roman comique, dont je dispose, j’apprends que cette « professeur à l’Université d’Artois consacre ses travaux aux rapports entre langue (s) et littérature et aux questions d’esthétique au XVIIème siècle".

Elle est l’auteur de cette édition critique publié aux Classiques Garnier en 2011.

Sur la quatrième de couverture, je lis ces lignes : « Comment être plus moderne que Scarron, en un temps où l’on goûte de nouveau le mélange des genres, du burlesque au galant, du grotesque au réalisme, du vraisemblable au romanesque, de la satire des caractères à quelques observations essentielles». Cette question interroge : de quel temps s’agit-il ? De celui de Scarron, donc du XVIIème siècle, ou du nôtre ? Pour moi qui lis, c’est du mien. Mais je veux bien croire que Claudine Nédelec n’a pas pensé qu’elle serait lue, et qu’il s’agit du temps de Scarron… Mais alors, comment affirmer qu’on ne peut être plus moderne que Scarron au milieu du XVIIème siècle ? Et Cyrano de Bergerac ? Et Pascal ? Et Descartes... Au demeurant, que signifie ici moderne ? Si le trait caractéristique de cet âge moderne, c’est qu’on goûte à nouveau le mélange des genres, c’est un trait peu moderne... Ce serait plutôt tradition. Et recours à une tradition. Laquelle ? Je m’interroge. Claudine Nédelec m’a troubler…

J’ouvre son édition. Je tombe sur son introduction. Je lis (p. 7 ) «L’oxymore du titre choisi par Scarron, que renforce l’orthographe archaïsante adoptée par les éditions originales de 1651 et de 1657, n’est pas qu’un effet d’accroche dans le cadre d’une stratégie du succès, voire du scandale, nécessaire pour faire tourner « l’hôtel de l’impécuniosité » entendez pour pouvoir vivre de sa plume tout en tenant salon dans une certaine chambre jaune. Il renvoie à des choix esthétiques tout à fait déterminés et précis, induits par une mimesis de la vie humaine tout à fait signifiante – et cela, bien au-delà de cette dimension ludique (mais y a-t-il vraiment des jeux sans enjeux en littérature ?) à laquelle on a voulu réduire et l’oeuvre de Scarron, et le burlesque, tout en faisant de celui-ci le représentant le plus brillant de celui-là : grand maître mais en petit genre». Comment peut-on si mal écrire ? Presque un chef d’œuvre du genre. Et aussi faux ! Roman comique, ce titre : un oxymore ? Comme obscure clarté, comme silence assourdissant, comme festina lente ? Quand on se souvient de cette belle définition – « l’oxymore est la résolution paradisiaque des contraires » – on s’étonne. On s’étonne. « L’orthographe archaïsante renforcerait l’oxymore ». Quelle idée !

Autre étrangeté : en quoi des choix esthétiques peuvent-ils être «induits par une mimesis tout à fait signifiante ? Et de quoi ? La mimesis serait-elle le sujet d’une action d’induction qui impliquerait des choix ? Les choix esthétiques ne présideraient-ils pas au contraire à telle ou telle pratique d’un certain type de mimesis ?

Passons légers sur les « jeux sans en enjeux ».

L’introduction entière est de cette farine. En voici quelques lignes encore : p. 31 : « La présence chez Scarron d’un schéma dual/duel, tant dans son roman que dans son théâtre (et notamment dans la pièce ici citée, Dom Japhet), entre bouffon et romanesque, aventures héroïques et disgrâces, bassesse et distinction (tant au plan social que physique), semble bien la traduction que la littérature comique, qui se garde des limitations peu vraisemblables de la littérature noble, quitte à donner quelque préférence intime au laid, donne des questions pratiques et idéologiques que pose la double nature de l’homme selon le christianisme». Cela se trouve chez Aristophane et Pétrone, qui n’étaient pas chrétiens. Mais comment peut-on si mal écrire ? J’adore le « schéma entre bouffon et romanesque». J’admire « quitte à donner quelque préférence intime à laid ». Qu’on y songe !

Toute édition critique comporte des notes. Lisons celle de la table des chapitres du roman comique.

« Note 1 : Cette table, mise en tête de l’ouvrage, vise bien sûr à souligner la nature comique de ces titres, et constitue un clin d’œil au modèle imité, celui du Don Quichotte ».

Etrange. Le lecteur ne voit-il pas que cette table est en tête de l’ouvrage qu’il a entre les mains ? Faut-il l’en instruire ? Cette table vise t’elle d’ailleurs à souligner la nature comique de l’ouvrage ? Est-ce sa visée ? Rien de moins sûr. Claudine Nédelec en tout cas l’affirme, le confirme, le souligne, le souligne, par un : « bien sûr ». Elle achève par l’étonnant « constitue un clin d’œil au modèle imité ». Sexy !

Note 2 : À propos de disgrâce : « Le terme existe déjà en français, mais apparaît en ce sens inspiré de l’emploi qu’en fait Cervantès dans le Don Quichotte – mais qu’il y a burlesquement loin du Chevalier à la triste figure à Ragotin !

Etrange. Cervantès écrivait-il « disgrâce » en français ? Grande nouvelle. « Burlesquement loin » est sidérant. Quant à «à la triste figure à Ragotin», Ah, ah !

Première page du roman. Note 2.

Une charette à foin entra dans les halles du Mans.

«Pour le cercle de Scarron, cette localisation vaut référence à son séjour en cette ville, où il tenta une carrière d’Eglise, et où l’histoire (ou la légende) situe l’origine de ses souffrances physiques. Sans nier que les choses aient pu l’inspirer, il ne faut probablement pas voir dans Le Roman comique un roman à clés ; d’ailleurs les clés ne sont intéressantes que si les personnalités dissimulées et mises en cause sont « connues » : qu’avait-on affaire alors d’un « petit avocat » du Mans ? « Comment Claudine Nédelec sait-elle que pour le « cercle de Scarron » le mot Mans vaut référence au séjour du futur écrivain en cette ville ? D’où tient-elle cette certitude ? Il est d’ailleurs étonnant qu’elle envisage de nier que « les choses aient pu l’inspirer ». Quelles choses ? Et qui verrait dans Le Roman comique un roman à clés parce que cette dame suppose que le cercle de Scarron voit « référence » quand il lit Le Mans » ?

Je vous fais grâce du reste. Partout, de notes en notes, avec son charroi de mots, ses erreurs innombrables, Claudine Nédelec se montre et perturbe la lecture. Parfois, on a pitié. Parfois, on ricane, parce qu’on est méchant tout de même. En vérité, on finit par ne plus croire à son existence. Claudine Nédelec doit être une invention burlesque d’un ennemi de l’Université.

Si tel n’était pas le cas, si d’aventure elle existait vers Artois, qu’elle fût réellement l’auteur de ces pages, et que les actuels classiques Garnier fussent autre chose qu’une mauvaise blague, elle serait un inquiétant symptôme.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Pauvre Claudine Nédelec 21:09 dans Etudes littéraires

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