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<title>écrits</title>
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<copyright>Copyright (c) 2010, Yves Le Pestipon</copyright>
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<title>Une nègre</title>
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<summary type="text/plain">Femme vue...</summary>
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<name>Yves Le Pestipon</name>
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<dc:subject>L&apos;époque</dc:subject>
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<![CDATA[<p>Femme vue </p>]]>
<![CDATA[<p>Aujourd'hui, j'ai rencontré une nègre.</p> <br />
<p>C'était dans un château de nombreux siècles. Il y avait des chiens, des chats, de vieux livres, du roman, du gothique, des fenêtres à meneaux, des restaurations récentes, et le tout puant fort les bêtes.</p> <br />
<p>Nous dominions une rivière. </p><br />
<p>La nègre m'a dit que la nuit, des dames blanches marchaient dans les greniers. <p><br />
<p>Elle s'était mariée très jeune à un médecin pervers. Elle a divorcé. Elle a vendu des meubles d'antiquaire. Elle a fondé une société de protection des chiens. Elle est passée à la télévision pour cela.  </p><br />
<p>Nous étions trois hommes. Elle était seule dans le château. Nous lui plaisions.</p> <br />
<p>Nous voyions qu'elle avait été une très jolie femme. </p><br />
<p>Elle nous citait Colette qui écrivait quelque part être parvenue à l'âge où les hommes ne la sifflaient plus. </p><br />
<p>Je regardais dans la bibliothèque des exemplaires originaux des <i>Mémoires</i> du Général de Gaulle. Je considérais <i>Bécassine chez les Turcs</i>. Je manipulais <i>Vérités du Moment</i> de Maurice Martin du Gard. </p><br />
<p>Maurice Martin du Gard ? </p><br />
<p>Je posais des questions directes. Qui ? Comment . Avec qui ? Pourquoi êtes-vous dans ce château ? Et depuis quand ? </p><br />
<p>Elle parlait. Elle était étonnée d'avoir trois hommes, qu'elle jugeait charmants. </p><br />
<p>Elle se disait misanthrope. Elle détestait les gens, parce que les gens faisaient du mal aux bêtes. Elle était horrifiée par la corrida. Je lui parlais du philosophe de la rue d'Ulm qui a écrit <i>la Philosophie dela corrida</i>. Elle était indignée. </p><br />
<p>Je feuilletais les <i>Contes</i> de La Fontaine avec les gravures de Fragonard. Une lumière très blanche venait de la fenêtre. Les chats se prélassaient sur les fauteuils abimés. </p><br />
<p>Elle avait peur des arabes. Elle était une vieille femme. Des gens lui avaient laissé tellement de chiens ! </p><br />
<p><i>J'ai été nègre. Oui, nègre. Je ne dirai pas de qui</i>... </p><br />
<p>Mais comment, quand, où ? </p><br />
<p><i>Je vendais des meubles anciens en Provence. J'avais des clients artistes. Je faisais des expositions. Des écrivains venaient. Un jour, l'un d'eux, avec une femme, m'a acheté des meubles. Plus tard, il est revenu avec une autre femme. Elle ne voulait plus des meubles de la précédente. Je lui ai vendu d'autres meubles. J'ai repris les anciens. Puis il est revenu avec une troisième femme. Il n'a pas rapporté les meubles de la deuxième. Il a regardé un texte que j'écrivais, et qui était sur une table. Il m'a proposé de travailler pour lui. Je suis devenue nègre.</i> </p><br />
<p>La nègre était blonde. Elle nous souriait. Nous lui plaisions. Le château puait le chien et le chat. </p><br />
<p>On se doute qu'avec des phrases longues, des couleurs, du détail, plusieurs romans seraient possibles. </p>]]>
</content>
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<title>Giscard au Hangar</title>
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<summary type="text/plain">Programme...</summary>
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<dc:subject>Giscard</dc:subject>
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<![CDATA[<p>Programme </p>]]>
<![CDATA[<p>L'oeuvre romannesque de Giscard sera présentée au Hangar, samedi soir à 19 heures, dans le cadre des Perforeilles. </p><br />
<p>Le Programme des Perforeilles est <a href="http://legrandos.blogspot.com/2010/02/les-perforeilles-2010-programme.html" title="voyez"> ici</a>. On ne saurait mieux présenter la poésie à vif de voix.</p> <br />
<p><a href="http://www.lastree.net/log/2005/10/sebastien_lespi.php" title="Lisez Colombetto"> Sébastien Lespinasse</a> en est l'inventeur. L'homme est d'action. Le <a href="http://www.legrandos.com/htm_france/nous.htm" title="voyez"> Grand Os</a> travaille avec lui. </p> <br />
<p>Comme les Perforeilles existent au moment du Printemps des Poètes, et comme le thème de ce Printemps est, cette année, Couleur femme, il a paru nécessaire aux organisateurs de faire entendre la parole de Giscard.</p> <br />
<p>Ils ont raison.</p> <br />
<p>L'auteur de ces lignes, qui est un spécialiste, proposera quelques éléments de réflexion. Il faut penser depuis les marges, par les trous, dans le Passage et au Hangar.</p><br />
<p>Les auditeurs auront une surprise </p>]]>
</content>
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<title>La pire espèce, c&apos;est l&apos;auteur</title>
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<summary type="text/plain">La Fontaine attaque...</summary>
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<name>Yves Le Pestipon</name>
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<email>y.lepestipon@lastree.net</email>
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<dc:subject>L&apos;époque</dc:subject>
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<![CDATA[<p>La Fontaine attaque </p>]]>
<![CDATA[<p><i>La pire espèce, c'est l'auteur</i>. </p><br />
<p>Ce vers étonne. </p><br />
<p>Comment l'auteur La Fontaine l'a-t-il pu ? Si c'est vérité, comment l'a-t-il sue, et pourquoi publiée ? Si c'est erreur ou mensonge, pourquoi commis ? </p><br />
<p>Individus du XXIème siècle, en France, nous tendons à croire que la meilleure espèce c'est l'auteur. </p><br />
<p>Voleur, pédophile, narcissique, lâche, renard, loup, ours, crabe, serpent, poux, un auteur est fleur, perle, génie. Il est exempté. </p><br />
<p>Nous ne désirons pas croire La Fontaine : </p>   <br />
<p></p><br />
<p><i>Il est un Singe dans Paris </p><br />
<p>A qui l'on avait donné femme. </p><br />
<p>Singe en effet d'aucuns maris, </p><br />
<p>Il la battait : la pauvre Dame </p><br />
<p>En a tant soupiré qu'enfin elle n'est plus. </p><br />
<p>Leur fils se plaint d'étrange sorte, </p><br />
<p>Il éclate en cris superflus : </p><br />
<p>Le père en rit ; </p><br />
<p>sa femme est morte. </p><br />
<p>Il a déjà d'autres amours </p><br />
<p>Que l'on croit qu'il battra toujours. </p><br />
<p>Il hante la taverne et souvent il s'enivre. </p><br />
<p>N'attendez rien de bon du Peuple imitateur, </p><br />
<p>Qu'il soit Singe ou qu'il fasse un Livre : </p><br />
<p>La pire espèce, c'est l'Auteur.</i> </p><br />
<p>La Fontaine a publié ce <i>Singe</i> à soixante douze ans, en 1693, dans ce qu'on nomme son douzième Livre. On ne connaît pas de source au <i>Singe</i>. C'est une invention longuement méditée. </p><br />
<p></p><br />
<p><i>Auteur</i> étonne au dernier vers. Il fait scandale. La critique l'évite. </p><br />
<p>Tout critique est un peu auteur, et rêve de l'être. Il s'affirme en tout cas au service des auteurs. Il ne peut que les aimer. Artaud pourtant ose affirmer : <i>Toute la gent littéraire est cochonne</i>. </p><br />
<p>La Fontaine est plus radical. L'auteur, pour lui, ne vaut pas le cochon. Il est <i>la pire espère</i>, et pire donc que le Singe, voire que le <i>peuple imitateur</i> considéré en général. Parmi tout ce peuple, l'auteur est le pire.  </p><br />
<p>Etrange idée. </p><br />
<p>Auteur et imitateur s'opposent par l'étymologie. L'imitateur étudie, reproduit, et même si son <i>imitation n'est pas un esclavage</i>, il se consacre à la secondarité. L'auteur, quant à lui, augmente avec autorité. </p> <br />
<p>Depuis le romantisme, au moins, les auteurs détestent être traités d'imitateurs. Ils sont géniaux. Des labyrinthes de la culture, ils se sont envolés pour créer. </p><br />
<p>Dans la seconde partie du XVIIème, en France, l'imitation est une pratique fondamentale de l'art littéraire. Racine, Corneille, Molière, La Fontaine, La Bruyère s'admettent imitateurs. Ils imitent de grands modèles, le plus souvent antiques, et proposent des variations. Si Madame de Lafayette ou le Cardinal de Retz n'imitent pas, et si Corneille, ou Molière, sont très inventifs, l'imitation est au coeur de nombreuses pratiques d'écriture, et tout particulièrement pour la Fontaine.</p><br />
<p>De soi, elle n'est pas un mal, mais elle est dangereuse. D'une part, les Renards l'emploient, par exemple pour fasciner les Poulets d'Inde, à la fable qui précède le <i>Singe</i>. D'autre part, quand elle est fait de Singe, elle peut reproduire des maux, et les aggraver.Imitant sans discernement certains maris, le Singe <i>bat sa femme</i>, la tue, contraint son fils à <i>se plaindre d'étrange sorte</i>, boit, et rit. Comme le <i>peuple imitateur</i> abonde probablement en Singes il est prudent de n'en rien <i>attendre de bon</i>. </p> <br />
<p>Le Singe aime naturellement imiter, et on l'y pousse, par exemple en lui donnant femme. Le <i>on</i> désire l'imitation, même à Paris, peut-être surtout à Paris, la grande ville. L'imitation fait spectacle. Paris s'y complaît. Cela ne signifie pas que l'imitation soit un mal. On peut imaginer d'autres imitateurs que le Singe, mais ils ne font pas peuple. Ils sont rares, comme est rare La Fontaine. Ils sont même si rares, peut-être, que, par prudence, il ne faut rien <i>attendre de bon du peuple imitateur</i>. Quelque bien peut venir de ce peuple. Sait-on jamais... Mais l'attendre est déconseillé.  </p> <br />
<p>L'auteur est de ce peuple. Non pas les auteurs, mais <i>l'auteur</i>. Non pas tel ou tel auteur, mais <i>l'auteur</i>. </p> <br />
<p>La Fontaine n'attaque pas l'auteur qui imite avec art et discernement, comme lui, des textes anciens. Cet auteur, au demeurant, n'imite pas toujours, comme en témoigne <i>Le Singe</i>, qui est une invention de La Fontaine. Le bon imitateur ne l'est pas toujours, et il chosit ce qu'il imite. Il n'est pas Singe. Mais le <i>peuple imitateur</i> est presque totalement Singe, et l'Auteur qu'attaque La Fontaine est, de ce peuple, <i>la pire espèce</i>.</p><br />
<p>L'auteur imite l'auteur. L'auteur se prend pour un auteur comme le Singe, poussé par Paris, se prend pour un mari, et en aggrave les défauts. L'auteur pose à l'auteur. </p><br />
<p>Nous connaissons, au début du XXIème siècle, <i>l'auteur</i>. Il abonde. Il y en a tout un peuple. Certes, il n'imite pas, comme La Fontaine,  avec art et discernement, des textes d'Esope, ou de Virgile. Il imite l'auteur. Il acquiert, pour plaire, et souvent avec succès, les traits de l'auteur. Il en a la voix, la barbe ou la calvitie, les lunettes, le cléricalisme et la mélancolie. Il peut devenir poète ou romancier chez Gallimard. Il peut poser au solitaire, vivre apparemment dans des montagnes, parler d'exil, se faire un peu moine, ou oenologue, icône en bibliothèque, ou grimpeur. Il est <i>entré en littérature</i>. Il flatte. Il est correct. Un certain Paris l'acclame. Des langues racontent qu'il n'est pas sans tache, qu'il est cupide, baisant ses filles, mais on leur coupe accès aux porte-voix. Certains sauvages suggèrent qu'il a la phrase vide, l'esthétique toc, que ce Trissotin a putassé pour avoir son colloque. On l'admire. Des femmes témoignent. Il est <i>l'auteur</i>. Il le semble tellement, et on aime tant le mépriser... Il est prêt à tuer qui ne l'admire pas. On tue pour lui. Quel affreux Singe ! Que c'est bon ! </p> <br />
<p><i>L'auteur</i> n'est pas propre à Paris. Il grouille à Toulouse, Nantes, ou Bordeaux. On rencontre sa religion à Carcassonne. Il difffuse sur France-culture, ou au Salon du livre des Costes-Gozon. Au haut des Cévennes, ses nonnes lui brûlent des sexy cierges. </p> <br />
<p>L'imitation que pratique La Fontaine est une imitation avouée, et choisie, qui se pense telle et favorise les écarts. Elle respecte ce qu'elle imite, et qu'elle admire. Elle tente de se mettre à hauteur, mais ne reproduit pas. Elle emploie l'oeuvre ancienne pour créer du nouveau. Elle est une pratique des écarts pour l'infini. Elle permet, en tradition, le maximum de liberté possible, et le bonheur des harmoniques. </p><br />
<p>Le <i>peuple imitateur</i> n'imite pas pour augmenter les plaisirs d'être au monde. Il ne sait qu'imiter et espère en tirer profit. </p><br />
<p>L'auteur est, de ce <i>peuple</i>, <i>la pire espèce</i>, puisqu'il détruit l'idée d'auteur, en émettant les signes convenus qui font l'auteur. Il est le pire ennemi de l'art. Il est reconnu, subventionné, loué, installé dans quelque maison d'édition. Il est lâche, il est méchant, il bat, par exemple, sa femme. <i>Son fils se plaint d'étrange sorte</i>. Papa l'a peut-être violé, mais Papa est <i>entré en littérature</i>. </p>

<p></p>

<p></p>

<p> </p>]]>
</content>
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<title>De Gaulle en pétition</title>
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<issued>2010-03-09T08:53:59Z</issued>
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<summary type="text/plain">Contre la mise au programme du Général...</summary>
<author>
<name>Yves Le Pestipon</name>
<url>www.lastree.net</url>
<email>y.lepestipon@lastree.net</email>
</author>
<dc:subject>Etudes littéraires</dc:subject>
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<![CDATA[<p>Contre la mise au programme du Général </p>]]>
<![CDATA[<p>On ne sait pas assez pas que certains ont osé mettre le Tome III des Mémoires du Général de Gaulle au programme de classes de Terminales L. L'Astrée avait tenté <a href="http://www.lastree.net/log/2010/02/de_gaulle_au_pr.php#more" title="voyez"> d'attaquer</a>. </p><br />
<p>Une pétition, lancé par le groupe des <i>Lettres volées</i>, circule désormais. Elle souligne avec finesse et énergie la bêtise des auteurs de ce programme. On peut la signer <a href="http://www.lettresvolees.sitew.com" title="A voir">ici</a>. J'y invite.  <br />
</p>]]>
</content>
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<title>J&apos;aurais voulu être Frédéric Moreau</title>
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<modified>2010-03-07T22:36:20Z</modified>
<issued>2010-03-07T19:34:17Z</issued>
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<created>2010-03-07T19:34:17Z</created>
<summary type="text/plain">Lectures...</summary>
<author>
<name>Yves Le Pestipon</name>
<url>www.lastree.net</url>
<email>y.lepestipon@lastree.net</email>
</author>
<dc:subject>Giscard</dc:subject>
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<![CDATA[<p>Lectures </p>]]>
<![CDATA[<p>En 1994, après la publication du <i>Passage</i>, Giscard annonce, dans un entretien pour l'Express : <a href="http://www.lexpress.fr/informations/giscard-d-estaing-son-premier-roman_600645.html" title="voyez"> J'aurais voulu être Frédéric Moreau</a>. </p> <br />
<p>La critique flaubertienne, lorsqu'elle évoque le personnage majeur de <i>L'Education sentimentale</i>, le caractérise comme un raté. Malgré ses dons, son charme, l'héritage dont il bénéficie, Frédéric Moreau n'accomplit rien. D'entrée même, il n'a pas réussi à entrer au bordel, <i>chez La Turque</i>, et si c'est bien là ce qu'il <i>a eu de meilleur</i>, avec Deslauriers, ce <i>meilleur</i> est un ratage. </p> <br />
<p>Aucun critique jamais ne se souhaite la vie de Frédéric Moreau. Aucun lecteur sans doute n'a osé formuler, comme Giscard, <i>J'aurais voulu être Frédéric Moreau</i>. <br />
<p>Les ennemis de Giscard, qui sont légion, et qui croient juste de le mépriser, considèrent sans doute que l'auteur du <i>Passage</i> n'a pas compris <i>l'Education Sentimentale</i>. Il n'en aurait pas vu l'ironie. Il n'aurait pas senti la critique de l'impuissance. C'est par bêtise qu'il voudrait avoir été <i>Frédéric Moreau</i>. </p><br />
<p>Une autre hypothèse est possible, plus favorable à Giscard donc  plus noble, et aussi plus en accord avec les phénomènes, bien qu'elle jette sur eux un trouble. </p><br />
<p>Giscard aurait bien lu <i>l'Education Sentimentale</i>. Il aurait aperçu, comme les critiques, l'indignité de Frédéric, sa faiblesse, son impuissance pratique et théorique. Cependant, il ne ferait pas de <i>l'Education Sentimentale</i>, comme beaucoup de ses lecteurs, une dénonciation de Frédéric. Il ne verrait pas dans la réussite artistique de Flaubert le contrepoint nécessairement positif aux dérobades de son personnage. Il romprait, en somme, avec l'impératif étatique de réussite, de perfectionnement, et, pour tout dire, d'éducation auquel, souvent, nous nous soumettons. Pour lui, l'impuissance de Frédéric serait enviable. Son incapacité à saisir les femmes, son inaptitude politique, ses échecs répétés quand il s'agit de gérer son argent ou de créer, tout cela lui paraît désirable. </p><br />
<p>Giscard lui-même est homme de réussite. Ne consacre-t-il pas son énergie jusqu'à ce jour à sa gloire et à la transformation, par lui, du monde ? Il est l'anti Frédéric Moreau. </p> <br />
<p>La lecture méditative de ces deux romans - <i>Le Passage</i> et <i>la Princesse et le Président</i> - fait apparaître un autre Giscard. Dans ces deux romans, le narrateur est pris par des femmes. Natalie surgit, le saisit, et disparaît. Patricia - la Princesse de Cardiff - bondit dans sa vie politique, et ne lui laisse aucun choix. Ce sont des Marie Arnoux rendues vouivres. Elles prennent Giscard, qui contemple l'excitation féminine autour de sa virilité. Il les baise sans pouvoir rien faire, sinon, au bout du compte, un livre. </p><br />
<p>Giscard n'est pas héros de roman. Les critiques ont vu en lui un vieux Don Juan fantasmant, mais ils lisent mal. Giscard se peint en proie, lui qui se peint en chasseur. Et quand il chasse, la mort de la bête l'effraie. L'acte l'horrifie. La soumission le fascine. </p> <br />
<p>Giscard a travaillé à son échec. L'ascension l'attirait moins que la chute. Quand il exibe à la France la chaise vide, il jouit de son étonnante vacuité. Ce jour là, en effet, il parvient presque à être Frédéric Moreau. Ce jour là, il a le visage du vide. </p>   <br />
<p>Giscard a forgé l'échec de <i>La Princesse et du Président</i>, qui vaut mieux que l'avis des critiques littéraires. Il a détruit en quelques heures ce livre qu'il avait médité. Il s'est rendu ridicule. </p> <br />
<p>Giscard désire oublier l'obligation de l'acte. Il multiplie, quant à lui, les actes pour atteindre au point béni de l'échec. Son désir d'être Frédéric Moreau, avoué, si nous le lisons avec sagesse, peut  nous délivrer de l'angoisse de la gloire. Il nous permet de goûter le bonheur, actuellement presque inexprimable, d'être nul. Giscard a l'audace merveilleuse, lui l'ambitieux efficace, d'avouer que son désir était de ne pas parvenir chez la Turque. Il aurait aimé rester au bord du Bordel. Il n'a pas pu. Il est entré. Il est devenu un moment le maître. On l'a chassé, c'est peut-être ce qu'il a eu <i>de meilleur</i>.  </p> <br />
<p>Cet aveu nous fait relire <i>L'Education sentimentale</i>. Oui, il s'agit bien d'une Education sentimentale. Frédéric Moreau, et même Deslauriers, après longtemps d'échecs, accèdent par réflexion et entretien, à la conscience que le meilleur, était dans leur premier échec. Ils n'ont pas assez su savourer l'impuissance. </p><br />
<p>Flaubert écrit contre Frédéric Moreau, dans Frédéric Moreau, par Frédéric Moreau. Si Frédéric s'embarque au début du livre dans LE VILLE DE MONTEREAU, Gustave s'embarque dans son anagramme en écrivant, LA VIE LENTE DE MOREAU. Il construit lentement, ligne à ligne, sans l'être, et en toutes lettres, par un blâme paradoxal, sa chance de devenir, un moment, un roman, Frédéric Moreau.  <br />
 </p>]]>
</content>
</entry>
<entry>
<title>Nouvelle découverte place Marius Pinel</title>
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<modified>2010-03-07T16:21:46Z</modified>
<issued>2010-03-06T20:06:05Z</issued>
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<created>2010-03-06T20:06:05Z</created>
<summary type="text/plain">Partageons...</summary>
<author>
<name>Yves Le Pestipon</name>
<url>www.lastree.net</url>
<email>y.lepestipon@lastree.net</email>
</author>
<dc:subject>Coïncidences</dc:subject>
<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://www.lastree.net/log/">
<![CDATA[<p>Partageons </p>]]>
<![CDATA[<p>Parfois, on imagine la <a href="http://www.lastree.net/situationslog/place_pinel/index.php" title="voyez"> place Pinel</a> épuisée. Sa méconnaissance par les mondains, sa petitesse, la médiocrité objective de ses éléments, la fatigue que crée l'étal des ironies, tout conduit au renoncement. </p> <br />
<p>Je me suis rendu Place Pinel aujourd'hui vers dix-huit heures à l'initiative de <a href="http://www.lastree.net/log/2006/01/catherine_aira.php#more" title="voyez"> Catherine Aira</a> qui venait d'accompagner les travaux préparatoires à ma prochaine conférence sur l'oeuvre romanesque de Giscard. </p><br />
<p>Le ciel proposait un bleu délicieux. Catherine désirait montrer la place Pinel à la comédienne Flora Monteiro. Je leur servirai de guide.</p><br />
<p>De nombreux cours, des rencontres diverses, le travail sur les romans de Giscard, un sommeil agité, des doutes me pesaient. Je marchais vers la place Pinel sans y mettre âme. </p><br />
<p>J'admets cet état. Je me refuse à croire qu'il faille s'installer  d'abord en enthousiasme avant d'atteindre à la place Pinel. La traversée d'ennui, et même d'acédie, crée parfois la rencontre. Je me refuse aux drogues. Les chemins du réel seuls me vont, parce qu'ils me sont presque entièrement étrangers. </p> <br />
<p>Je ne connais pas la place Pinel, que je visite souvent. Elle n'est pas la projection de mes désirs, et de mes rêves. Elle se tient entièrement hors de moi, avec son Kiosque, son espace canin, ses arbres, ses enfants, ses chiens, son boulodrome. Elle peut me surprendre. Elle me surprend. Je la préfère à mes songes. </p><br />
<p>Je ne crois pas que la place Pinel s'adresse à moi. Elle ne me veut rien. Elle n'est pas un sujet auquel je puisse coller, comme une affiche, un visage. Je sais seulement que des hommes, dont je sais peu, se sont entendus pour construire un lieu qu'ils appellent place Pinel, et où ils font des installations. Moi, je m'y risque. </p><br />
<p>Je m'y risque avec attention. J'y insiste. Je me répète place Pinel. J'y vais. J'y viens. J'y travaille à bâtir mon oeil, mon oreille, ma capacité d'imaginer et de reconnaître. Je m'entends en place Pinel à force de désir et de conscience. </p><br />
<p>Voilà ce que j'appelle poésie et non les délires, les poses, ou les jeux de langage. La poésie, pour moi, est une aventure au réel, répétée, et qui cherche l'étonnement, sa joie, la multiplication, et cela dans les mots, par eux, et ce qu'on appelle les choses, dont sont les mots. La place Pinel est un présent sans arrière-monde, où je me risque et, m'y risquant, me fais naître et mourir. Elle est ma mère et mon tombeau sans ventre ni visage. D'autres mères et d'autres tombeaux me sont possibles. Mais je pratique là, pour le moment, mon rituel. </p> <br />
<p>Nous avons marché vers la place en bavardant. Je racontais quelques souvenirs de poubelles. Flora et Catherine riaient. Le printemps s'activait aux jardins. </p> <br />
<p>Place Pinel, il y avait agitation d'enfants, et même dans le kiosque. Ca jouait partout. Une estrade était dressée en prévision d'une fête costumée. Des affiches annonçaient le programme. C'est par cette scène que nous sommes montés dans le kiosque où nous avons essayé nos voix et la résonnance tandis que deux petites filles jouaient avec une balle jaune. </p><br />
<p>Nous sommes sortis du kiosque par l'escalier. J'ai indiqué à Flora les ouvertures par lesquelles nous avions autrefois repéré le parapluie renversé. J'ai enfoncé ma main dans un de ces trous. J'en ai sorti un grand bâton de métal doré qui avait dû soutenir un éclairage. Un petit bout de papier journal y était roulé. Je l'ai déployé : PARTAGEONS.</p> <br />
<p><i>Partageons</i>, en gros caractères. </p><br />
<p>Ma main relancée sous le kiosque en ramena une chaussure de sport blanche. Les filles l'admirèrent. </p><br />
<p>Puis j'enfoncais mon bras. Je sentis des feuilles, des pierres, une vieille bouteille, des petits rectangles lisses. Je les ramenais. Une carte Fnac, Une carte Jules. Une carte Maif. Une carte service card... Je relançais ma main. Je trouvais d'autres cartes, dont une carte d'identité. Puis un porte-monnaie noir, avec un chèque. </p><br />
<p>Des voleurs avaient jeté là les restes d'une prise. </p><br />
<p>Je m'excitais en remarquant des cartes de visite d'un attaché de groupe UMP. </p><br />
<p>C'était une belle découverte. Les filles étaient ravies. Je leur ai montré, dans de bonnes conditions, l'espace canin, le boulodrome, le Pinel Pétanque Club. </p><br />
<p>En partant, nous avons remarqué, près du garage Gueuzi qu'une voiture avait été incendiée. Une grosse traînée de suie demeurait sur le sol et sur un mur. J'y cherchais en vain des figures énigmatiques. <br />
Les filles m'ont laissé devant chez moi. Je leur ai annoncé qu'il me restait à étudier notre découverte. </p><br />
<p>A peine seul, je m'y suis mis. </p><br />
<p>Toutes les cartes, et le chèque, portaient un même nom, <i>lasterle</i>, équipé de différents prénoms.  <br />
Lasterle... Je vérifiais sur internet qu'un UMP portait ce nom. <br />
Je décidais de lui adresser un mail, bien que les cartes fussent désormais périmées. Le vol devait dater d'à peu près deux ans. </p><br />
<p>Soudain, pour moi, les lettres se renversèrent. Lasterle se faisait Lastrée avec un <i>l</i> supplémentaire, qui m'enchantait. <br />
J'avais trouvé sous le kiosque, et clairement lisible, le nom du site en lequel j'écris ces lignes. Il me semblait que ce dessous du kiosque, où demeure le <a href="http://www.lastree.net/situationslog/2005/10/sous_le_kiosque_3.php" title="voyez"> parapluie renversé</a>, me parlait par renversement de mon acte et de mon désir en <i>lastrée</i>, dont la place Pinel est un des foyers, et qui la multiplie. Je croyais justifiée mon initiative d'écrire et d'exister, depuis plusieurs années, en résonnance de la place Pinel. J'y sentais l'unité et la force d'une pratique pensée et partagée. </p> <br />
<p></p> <br />
<p>Depuis longtemps, le kiosque me paraît un tombeau. Un certain monsieur Martin, autrefois concierge à Toulouse, nous a révélé que cette imagination n'était pas que mienne. Je voudrais, quant à moi, faire du kiosque mon tombeau. Des gens n'y jettent-ils pas des reliques, qui sont vieilles bouteilles, papiers, bâtons dorés, balles, chaussures, et boîtes ? Mort, je me vois relique en ce reliquaire. </p><br />
<p>Les cartes de Lasterle sont le corps démembré de cet homme que j'ignorais, et qui existe. Peut-être désirera-t'il les récupérer. Ces débris, du moins, seront passés entre mes mains. Ce sont cartes d'un jeu que nous ne connaissons ni l'un ni l'autre et dont le voleur, le kiosque, et les jeunes femmes qui m'ont emporté vers la place cet après-midi sont des joueurs. La partie réunit aussi Giscard, l'architecte du Kiosque, la vieille municipalité toulousaine qui l'a commandé, l'homme qui a jeté le bâton en métal doré sans lequel je n'aurais pas aventuré ma main... Les cartes se retournent. Le nombre des joueurs est infini. <a href="http://www.lastree.net/log/2006/09/lastree_mode_de.php#more'" title="voyez"> L'Astrée</a> sort de Lasterle qui y retourne. Dante aussi faisait revenir <i>le stelle</i> à la triple fin de la <i>Divine comédie</i>. Tel est le grand jeu, place Pinel, où la nuit, pendant que j'achève ces lignes, présente une grande scène vide pour les masques de demain et les vestiges noirs d'une voiture brûlée.  </p>]]>
</content>
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<title>Lieu de mémoire</title>
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<issued>2010-03-05T10:30:20Z</issued>
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<summary type="text/plain">Autre il...</summary>
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<name>Yves Le Pestipon</name>
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<email>y.lepestipon@lastree.net</email>
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<dc:subject>Il</dc:subject>
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<![CDATA[<p>Autre il </p>]]>
<![CDATA[<p><a href="http://www.lastree.net/log/2006/12/etre_a_liens.php#more" title="voyez"> Il</a> ne pouvait oublier qu'il était un lieu de mémoire. Tout le lui indiquait. Son adresse, sa mère, les bouches, les yeux, les ventres. Chacun se rappelait de lui. Il devait bien se rappeler de quelque chose. Et, effectivement, il se rappelait. </p><br />
<p>Des réunions s'organisaient. On célébrait. On discourait. Plus rarement, mais, toute de même assez régulièrement, on organisait des visites guidées. Il y était convié. On l'invitait à se souvenir, à se recueillir. Parfois l'hymnne national d'une amitié, d'un amour, d'une relation, ou d'une rivalité était entonné. </p> <br />
<p>Quand il croyait la chose possible, il tentait encore de s'oublier. Il s'effaçait des parties, mais on le restaurait. On le préservait. Les queues gonflaient pour le visiter.</p><br />
<p>Quand il mourait, depuis son trou, il entendait graver les plaques. Les regrets éternels se tramaient. On érigeait les monuments. Le savoir-vivre nécessaire d'un défunt, lui rappellait-on, c'était favoriser ces érections.    </p>]]>
</content>
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<title>Remercier la place Pinel</title>
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<modified>2010-03-04T22:02:33Z</modified>
<issued>2010-03-04T21:15:10Z</issued>
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<summary type="text/plain">Question...</summary>
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<name>Yves Le Pestipon</name>
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<email>y.lepestipon@lastree.net</email>
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<dc:subject>Place Pinel</dc:subject>
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<![CDATA[<p>Question </p>]]>
<![CDATA[<p>Je ne sais comment remercier la place <a href="http://www.lastree.net/situationslog/place_pinel/index.php" title="voyez"> Marius Pinel</a>, de Toulouse. </p><br />
<p>Il n'est jamais facile de remercier, du moins si l'on ne veut pas réciter les paisibles codes des politesses. Inventer son <i>merci</i> ne va pas de soi. </p><br />
<p>Et pourtant l'homme est un animal qui remercie. </p> <br />
<p>Je sais parfois remercier un donateur, une donatrice, un individu qui m'a sauvé la vie ou m'a souri. Je sais quelquefois remercier Dieu pour ses merveilles. Je sais même me remercier. </p> <br />
<p>Mais la place Pinel ?</p><br />
<p>La place Marius Pinel n'a, je crois, aucune intention à mon égard. Elle n'est pas un visage. Je ne rencontre pas sa bouche, sa langue, ou ses yeux. Elle ne s'adresse pas à moi. Je n'ai jamais été caressé par la place Pinel, et je ne m'y sens même pas comme dans un berceau. La place Pinel n'est pas un sein que je têterais. Elle n'est pas un sexe tendre et gourmand où je m'enfoncerais. Je ne crois pas qu'elle désire m'assassiner. Son kiosque n'a pas le projet d'être mon tombeau. </p><br />
<p>Je suis hors toute relation à la place Pinel, particulièrement quand j'y suis. Je crois davantage à une relation avec elle quand j'en suis hors, comme en ce moment, et avec Dieu, et que je peux vaguement me figurer un visage, un sein, un ventre, des mains posées sur ma tête et m'enlaçant. Je serais alors tenté de m'agenouiller, devant une image, et de prier, pour enfin croire. Comme ce serait réconfortant de croire pour remercier !  </p><br />
<p>Que je me rende place Pinel, pourtant, je l'éprouverai sans visage. Aucun corps même : ici le kiosque, là l'espace canin. Ailleurs le boulodrome. Je serai toujours quelque part place Pinel, mais pas face à face. </p><br />
<p>Nous ne nous rencontrons pas. Comment la remercier ? </p><br />
</p>]]>
</content>
</entry>
<entry>
<title>Veiller les choses</title>
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<modified>2010-03-04T21:14:03Z</modified>
<issued>2010-03-04T20:56:58Z</issued>
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<summary type="text/plain">Autre il...</summary>
<author>
<name>Yves Le Pestipon</name>
<url>www.lastree.net</url>
<email>y.lepestipon@lastree.net</email>
</author>
<dc:subject>Il</dc:subject>
<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://www.lastree.net/log/">
<![CDATA[<p>Autre <i>il</i></p>]]>
<![CDATA[<p><a href="http://www.lastree.net/log/2006/12/etre_a_liens.php#more" title=il"> Il</a> veillait les choses. </p><br />
<p>Il ne les surveillait pas. Toujours, il avait refusé de les enrôler.</p><br />
<p>Il les veillait sans bougie ni prière toute sa nuit. </p><br />
<p>Les choses étaient mortes. Elles étaient enfin mortes. Voilà des millénaires qu'elles travaillaient à mourir, et elles avaient réussi.</p><br />
<p>Il les veillait. On les emporterait peut-être. Il ne savait pas qui. </p> <br />
<p>Les choses étaient désormais sans pourquoi, et donc même sans nom. Il les enviait. Il n'était pas parvenu à leur tranquille anonymat. </p>

<p> </p>]]>
</content>
</entry>
<entry>
<title>Conférence-Poubelles à la Cave Poésie</title>
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<modified>2010-02-19T22:21:02Z</modified>
<issued>2010-02-19T22:07:04Z</issued>
<id>tag:www.lastree.net,2010:/log/1.5717</id>
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<summary type="text/plain">Les bouches-poubelles de la place Pinel...</summary>
<author>
<name>Yves Le Pestipon</name>
<url>www.lastree.net</url>
<email>y.lepestipon@lastree.net</email>
</author>
<dc:subject>L&apos;Astrée</dc:subject>
<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://www.lastree.net/log/">
<![CDATA[<p>Les bouches-poubelles de la place Pinel </p>]]>
<![CDATA[<p>Il n'est pas difficile de ne pas entendre dire qu'aura lieu une conférence sur les poubelles, le 1er mars à 21 heures à la Cave-Poésie à Toulouse. </p><br />
<p>La fin du monde étant en cours de tous côtés, cela détourne. </p><br />
<p>Beaucoup de gens naîtront d'ici là. D'autres mourront. Des millions de messages iront dans des poubelles. Chaque jour des fortunes s'y engloutiront. Des coeurs en plastique y seront abandonnés. Des individus y trouveront la lumière. </p> <br />
<p>Les poubelles suivront leur cours pendant la conférence. </p><br />
<p>Il y a toujours, quelque part, une poubelle en action. </p> <br />
<p>Les poubelles sont nos tombeaux, nos métaphores, nos berceaux, notre purgatoire et notre terrain d'expériences. On y jette notre mort. On y puise notre Evangile. </p><br />
<p><a href="http://www.lastree.net/log/2005/10/sebastien_lespi.php" title="LIsez Colombetto"> Sébastien Lespinasse</a> et l'auteur de ces lignes raconteront leurs rencontres, formuleront des théories, risqueront leurs voix aux voix des poubelles, qui sont les bouches réelles, place Pinel, comme partout, de notre aventure actuelle sur Terre.   </p>]]>
</content>
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<entry>
<title>Les cinq cupules du dolmen de Débès 3</title>
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<modified>2010-02-19T19:53:56Z</modified>
<issued>2010-02-17T22:50:58Z</issued>
<id>tag:www.lastree.net,2010:/log/1.5699</id>
<created>2010-02-17T22:50:58Z</created>
<summary type="text/plain">Suite de l&apos;article précédent . La méditation sur les cupules est une discipline nécessaire....</summary>
<author>
<name>Yves Le Pestipon</name>
<url>www.lastree.net</url>
<email>y.lepestipon@lastree.net</email>
</author>
<dc:subject>Archéologie</dc:subject>
<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://www.lastree.net/log/">
<![CDATA[<p>Suite de <a href="http://www.lastree.net/log/2010/02/les_cinq_cupule_1.php#more" title="ici"> l'article précédent</a> . La méditation sur les cupules est une discipline nécessaire. </p>]]>
<![CDATA[<p>Partie trois de l'article  qui commence <a href="http://www.lastree.net/log/2010/02/les_cinq_cupule.php#more" title="voyez"> ici</a>. </p><br />
<p></p><br />
<p>Les cupules marquent, mais ne sont pas des signes, au sens que Saussure donne à ce terme. Si, par leur forme, elles pourraient être des signifiants, elles n'ont pas de signifié. Les <a href="http://www.lastree.net/situationslog/2010/02/dans_le_dolmen_1.php#more" title="voyez"> cupules du dolmen de Débès</a>, comme presque toutes, parlent sans dire. La tentation est grande d'en faire des signes, de produire leur signifié, d'y reconnaître les éléments d'un langage de communication, de leur voir dire <i>étoile</i>, <i>soleil</i>, <i>mort</i>, <i>vie</i>, <i>sexe</i>, ou <i>orientation au nord, au sud, à l'est</i>... </p>  <br />
<p>La tentation est d'autant plus grande qu'elles sont presque partout les mêmes et que le répertoire de leurs variations est limité. Elles semblent pouvoir s'organiser en un vocabulaire et composer, quand elles sont réunies, des énoncés. Leurs groupes pourraient dire des directions, sur la terre ou dans le ciel, le nombre des bêtes d'un troupeau, ou celui des Dieux, ou le nombre de lunes qu'il faut pour telle ou telle activité. Sur les territoires où elles paraissent, et parfois en grand nombre, elles tiendraient des discours. Seuls les codes nous manqueraient pour comprendre. </p>   <br />
<p>Les cupules du dolmen de Débès aident à refuser cette tentation. Elles aident à penser les cupules comme un langage sans discours, mais qui peut, éventuellement, les attirer, conduire à en produire. De tels langages existent. La musique en fournit un exemple. Aucune note, quand on l'entend, n'est un signe. Pas une n'est un signifiant qui aurait un signifié, et que l'on pourrait traduire, comme on croit parfois qu'on traduit, avec un dictionnaire. Aucune note ne signifie <i>maison</i>, <i>arbre</i>, <i>soleil</i>, <i>poussière</i>, ou <i>sexe</i>. Et pourtant, une note ou une suite de notes peut constituer, dans le temps, et au moyen d'instruments divers, un langage, qui attire à lui des significations, aide à en inventer. Les couleurs d'un tableau abstrait, ou ses figures, accueillent et suscitent des discours pleins de sens, mais ce ne sont pas des signes, tels que Saussure les définit.</p><br />
<p> En poésie moderne, très ancienne, non européenne, et parfois même dans certains passages de la poésie structurée par la rhétorique, les mots ne sont pas essentiellement des signes. C'est peut-être d'ailleurs là qu'ils font le plus complètement fonctionner la langue dont ils sont. On dirait que le signifié s'en est, en partie, retiré, ce qui permet à des significations diverses de s'y installer, ou de naître de leur présence et de leurs architectures. Un vers d'Apollinaire, comme <i>Sous le Pont Mirabeau coule la Seine</i>, s'est presque vidé, par le dispositif, de son signifié constatif, chacun de ses mots s'étant fait conque creuse pour devenir, comme en musique, une possibilité d'accueillir et de susciter, c'est-à-dire d'avoir, selon l'expression de Mallarmé, des <i>initiatives</i>. Il faut que les mots ne soient plus prisonniers du noyau obsessif du signifié, qu'ils ne soient plus des termes pour devenir formes creuses, et complexes, volutées, voluptueuses, capables d'initiative. La poésie moderne pratique cet art de creuser, sans souci des stratégies de communication, et elle retrouve d'anciens usages, que l'on rencontre partout sur terre, dès qu'on sort du contrôle de la poésie par la rhétorique.<p><br />
<p> <i>De la musique, avant toute chose</i>, disait Verlaine. Les cupules peuvent être pensées par la musique. Certes, elles n'en sont pas, même si des chants peuvent avoir accompagné, dans certains cas, leur creusement, et qu'on ne peut les créer sans bruit. Le recours à la musique permet seulement de les penser comme des formes qui marquent, et qui pourtant ne sont pas des signes. Il permet de s'avancer vers les domaines des langages sans discours, là précisèment où travaille, de manière problématique, puisque elle emploie les mots qu'emploient aussi les discours, la poésie. </p><br />
<p>Les cupules du dolmen de Débès, comme toutes, sont d'abord des trous. Ce qui impressionne, quand on les considère, c'est qu'elles sont simplement de petits manques de matière dans des rochers, et que la forme de ces manques, leur organisation, le cadre qui les définit sont manifestement d'origine humaine. La musique aussi, dès qu'on la reconnaît, on sait qu'elle n'est naturelle, bien que des animaux, ou des effets de vent provoquent parfois des effets analogues. La musique et les cupules, si elles disent quelque chose, c'est la présence de l'homme, mais ce signifié est si vague, si général, et, en quelque manière, si commun, qu'il ne les ramène pas au statut saussurien de signes. </p> <br />
<p>L'individu qui a creusé les cupules s'en d'ailleurs est retiré. Il ne les a pas signées. Il n'a pas, par elles, indiqué sa présence singulière, et il ne leur pas accordé, par son autorité, une force de signification. Si les cupules sont des bouches, elles sont sans visage. Elles parlent, si elles parlent, sans la garantie d'un sujet qui les aurait creusées. En ce sens encore, elles sont loin des signes, qui ont besoin d'une garantie, parfois étatique, pour fonctionner parfaitement, selon l'usage de la communication, comme en attestent les citations d'auteurs dans les dictionnaires. La musique, quant à elle, est aussi sans visage même si nous aimons considérer le corps des musiciens. Elle s'arrache aux sujets qui la produisent. Quand elle est merveilleuse, elle est une chose indépendante. Lorsque Baudelaire dit qu'elle le <i>prend</i>, parfois, <i>comme une mer</i>, il formule cette puissance sans sujet, et hors toute signification. L'<i>éthos</i> de l'orateur renforce ou anéantit son discours, mais Vinteuil peut être ce qui lui plaît, sa sonate <i>prend</i>. Il n'en est pas la preuve, la garantie, ou la faiblesse parce qu'elle ne dit rien d'autre, en sa puissance, qu'elle-même, et que les significations que lui prête Swann, ou n'importe qui, sont des projections dans sa forme désirable et désirante. La complexité remarquable de la musique, cependant, l'art incroyable des compositeurs, la virtuosité souvent sidérante de ses exécutants détourne parfois notre attention vers ceux par qui elle nous apparaît. Nous applaudissons Mozart, ou Kiri Te Kanawa. Nous célébrons les artistes, et l'art, et nous oublions cette puissance qui pourrait nous prendre, <i>comme une mer</i>, et dont, peut-être, nous nous protégeons.</p><br />
<p>Les cupules sont l'oeuvre d'hommes qui n'emploient pas de techniques extraordinaires. Avec quelques pierres choisies, un peu d'habileté, et de patience chacun peut en creuser. Il n'y a là aucune prouesse technique et pas de génie. On est loin de l'art, et à peine dans l'artisanat. Toutes les cupules sont également des cupules. Ce sont des oeuvres sans chefs d'oeuvre. Leurs auteurs, sans doute, n'ont pas été loués ou sifflés. Plus discrets que les sculpteurs égyptiens ou romans, qui ne signaient pas, ils se sont retirés du souci de la splendeur. Les cupules relèvent d'un art si pauvre qu'il ne saurait susciter l'adoration pour leurs auteurs, et donc, sans doute, pour des dieux, dont les auteurs se servent, et qu'ils servent. On est ici aux antipodes du spectacle. Il faut, par exemple, pénétrer, dans <a href="http://www.lastree.net/situationslog/2010/02/dans_le_dolmen_1.php#more" title="voyez"> l'ombre du dolmen de Débès</a>, en terre inculte, toujours sauvage, pour apercevoir <a href="http://www.lastree.net/situationslog/2010/02/les_cupules_du.php#more" title="voyez"> cinq petits trous</a> de faible profondeur, et que n'importe qui, n'importe quand, aurait pu creuser. Il faut se faire humble pour l'humble.</p></p>

<p></p>

<p>A suivre   ]]>
</content>
</entry>
<entry>
<title>Les animaux des Jacobins</title>
<link rel="alternate" type="text/html" href="http://www.lastree.net/log/2010/02/les_animaux_des.php" />
<modified>2010-02-17T23:18:50Z</modified>
<issued>2010-02-17T21:55:15Z</issued>
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<created>2010-02-17T21:55:15Z</created>
<summary type="text/plain">Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle...</summary>
<author>
<name>Yves Le Pestipon</name>
<url>www.lastree.net</url>
<email>y.lepestipon@lastree.net</email>
</author>

<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://www.lastree.net/log/">
<![CDATA[<p><i>Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle</i></p>]]>
<![CDATA[<p>Quand on passe la porte de l'église des Jacobins, on passe sous des animaux.</p> <br />
<p>Je ne les voyais pas. Je les ai vus. </p><br />
<p>Je ne les ai pas vus pendant des années. Elève, puis  professeur au Lycée Fermat, à quelques mètres, je les ai ignorés. </p><br />
<p>Je les ai découverts à presque cinquante trois ans, un jour <a href="http://www.lastree.net/log/2010/01/le_xviieme_siec.php" title="article"> après avoir bien vu La Fontaine, Fénélon, et Molière</a> au mur de La Bibliothèque municipale de Toulouse. </p><br />
<p>J'ai tout de suite aimé ces <a href="http://www.lastree.net/situationslog/2010/02/deux_oiseaux_a.php#more" title="voyez"> oiseaux</a>, cette belette, ces rats, cet écureuil, ce <a href="http://www.lastree.net/situationslog/2010/02/un_chien_aux_ja.php#more" title="voyez"> chien</a>... Je ne me lasse plus de les observer dans les feuillages des chapiteaux. Pour moi, Toulouse multiplie en beautés à mesure que je vieillis. L'âge me rend amoureux. Le temps s'envole, toujours plus vif. La profusion des merveilles me prépare une mort savoureuse. </p> <br />
<p>Désormais, quand j'entre dans l'église des Jacobins, qui est la première grande église des Dominicains, je passe, en toute consience, sous de merveilleux animaux. Je crois qu'il faut passer dans les animaux pour aller à Dieu. Je ne sais pas ce qu'a voulu l'architecte, mais il me semble que son oeuvre porte cette intention. Nous n'avons pas à nous faire animaux, et surtout pas à nous abaisser à l'état animal, pour entrer au royaume de Dieu. Nous avons à les admirer, par dessous, et à passer par eux. </p><br />
<p>C'est une pensée oubliée. Nous croyons parfois qu'il faut éviter l'animal pour être des hommes. Nous allons jusqu'à imaginer qu'il faut tuer les animaux. Les chasseurs, et parfois les bouchers, croient que leur mort grandit l'homme. D'autres imaginent qu'il faut bêtifier. Mais l'architecte des Jacobins nous fait penser et passer sous les animaux, et en eux, comme dans une forêt, mais qui n'est pas obscure. L'écureuil, les oiseaux, la belette sont, d'un certain point de vue, parce qu'ils sont en hauteur, plus près de Dieu que nous, mais c'est nous qui passons, et Dieu est la récompense d'un passage. </p> <br />
<p>La plupart de ceux qui entrent aux Jacobins ignorent passer sous des animaux. Ce savoir peut émerveiller, mais cette ignorance n'est pas la mort. L'architecte de l'Eglise ne prétend pas que nous devons toute la voir. Nous n'avons pas besoin de connaître toutes les étoiles pour aller sous le ciel. Le sculpteur de la porte des Jacobins a inscrit discrètement les animaux. Il n'a pas fait étal de son talent. Il ne nous a pas accablés. Il lui suffisait que les animaux existent par dessus la tête des passants. Nous n'avons pas toujours à connaître nos rêves et le réel, mais, comme les animaux  ils sont nécessaires.</p> <br />
<p>Ceux qui passent la porte des Jacobins se trouvent vite devant le tombeau de Saint Thomas d'Aquin. La grande théologie, comme l'Eglise, a besoin des animaux. Il faut passer sous leur image pour atteindre au corps du saint. <i>Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle</i>. </p></p>]]>
</content>
</entry>
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<title>Le philosophe sur une planche</title>
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<modified>2010-02-16T23:14:38Z</modified>
<issued>2010-02-16T06:56:54Z</issued>
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<summary type="text/plain">Voir Pascal...</summary>
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<name>Yves Le Pestipon</name>
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<email>y.lepestipon@lastree.net</email>
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<dc:subject>Littérature</dc:subject>
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<![CDATA[<p>Voir Pascal </p>]]>
<![CDATA[<p><i>Le plus grand philosophe du monde sur une planche plus large qu'il ne faut pour marcher à son ordinaire, s'il y a au dessous un précipice, quoique sa raison le convainque de sa sûteté, s'il y a au dessous un précipice, son imagination prévaudra. Plusieurs n'en sauraient soutenir la pensée sans pâlir ni suer.</i>. </p><br />
<p>Que fait ce philosophe sur une planche ? Pourquoi le plus grand philosophe du monde ferait-il de l'équilibre au dessus d'un précipice ? Pascal ne le dit pas. </p><br />
<p>Le philosophe, surtout s'il est le plus grand, il est peu probable qu'il soit sur cette planche. Voit-on Montaigne, Epicure, Descartes, ou Michel Foucault au dessus d'un précipice sur trente centimètres de bois ? S'y seraient-ils risqués par plaisir, volonté d'expérience, ou calcul ? On en doute. Un philosophe se connaît un minimum. Il se sait, par exemple, sujet au vertige, et peu acrobate. <i>Le plus grand philosophe du monde</i> n'est pas nécessairement funambule, et il le sait. Il n'est  pas fou. </p><br />
<p>Un professeur de philosophie, parmi mes collègues, est un passionné d'escalade. Il monte sur des pics au dessus des précipices, il ne pâlit, ni ne sue. Il n'est peut-être pas <i>le plus grand philosophe du monde</i>, mais il se connaît assez pour savoir son goût du risque, et il est assez sage pour avoir appris les techniques de l'escalade. Il s'est connu. Il a exercé son corps. Sachant sa faiblesse, il s'est créé, en toute conscience, une force, et il philosophe, d'expérience, sur les raisons de monter en montagne. Il en a même fait un livre, publié chez Aléas, et sous son nom : <a href="http://livre.fnac.com/a2658060/Patrick-Dupouey-Pourquoi-grimper-sur-les-montagnes" title="voyez"> Patrick Dupouey</a>.</p><br />
<p><i>Le plus grand philosophe du monde</i>, s'il se risque au précipice, sans plaisir, sans raison, et sans exercice, <i>son imagination prévaudra</i>. Pascal aura raison. Mais pourquoi <i>le plus grand philosophe</i> irait-il sur la planche ? </p><br />
<p>Pascal construit son texte comme un tableau à perspective. Nous sommes invités à nous installer à un point, d'où voir le philosophe, sa planche, le précipice, et la sueur. Là, nous avons à rire et à penser : <i>C'est évident, voilà une preuve de la faiblesse de l'homme</i>.  </p><br />
<p>Il faut regarder dans les coins, par côtés, sortir du cadre et du point fixe. Les enfants savent le faire, quand ils surprennent le magicien. Ils voient où il ne voudrait pas qu'on voie. </p><br />
<p>Jetons un oeil vers le bout de la planche. Nous y verrons peut-être pointer ce qui y pousse le philosophe. </p><br />
<p>C'est un homme... Regardez mieux. C'est Blaise Pascal en anamorphose, qui se cache presque hors cadre, mais qui a une arme, dont on voit le canon. Il tient un gros revolver noir et il vise le philosophe sur la planche au dessus du précipice. Le Philosophe voudrait bien partir, rentrer dans son cabinet, son poêle, son jardin, son université, ou son lit, mais il n'a pas le choix : ou il sue sur le précipice, ou Pascal le descend d'une balle dans la tête. </p> <br />
<p>Il fut un temps où j'étais un très bon élève. Les professeurs d'éducation physique adoraient me placer au milieu de quelques costauds qui tiraient des ballons sur moi. Cela leur permettait de faire ricaner, donc d'être populaires. Un jour l'un d'eux, qui m'appelait <i>Paic Citron</i>, a trouvé efficace de crier, alors que je venais de recevoir un ballon en pleine tête, qu'<i>un Paic Citron avait envahi le terrain</i>. Et de rire ! Le meilleur élève de la classe, mis entre les cancres équipés de ballons durs avec droit de lui tirer dessus, il était pâle et suant ! </p><br />
<p>Les gardiens SS dans les camps faisaient des expériences sur les juifs. Ils constataient que les juifs avaient peur. Cela les amusait, et leur prouvait la faiblesse du juif. </p> <br />
<p>Blaise Pascal crée un dispositif. Il contraint <i>le plus grand philosophe du monde</i> à une planche sur un précipice. Il nous invite à regarder. </p><br />
<p>Le soleil de la raison enfante, parfois, les monstres. </p>]]>
</content>
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<title>Les cinq cupules du dolmen de Débès 2</title>
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<modified>2010-02-15T23:06:00Z</modified>
<issued>2010-02-15T14:30:55Z</issued>
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<created>2010-02-15T14:30:55Z</created>
<summary type="text/plain">Suite de l&apos;article précédent...</summary>
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<name>Yves Le Pestipon</name>
<url>www.lastree.net</url>
<email>y.lepestipon@lastree.net</email>
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<dc:subject>Archéologie</dc:subject>
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<![CDATA[<p>Suite de <a href="http://www.lastree.net/log/2010/02/les_cinq_cupule.php#more" title="voyez"> l'article</a> précédent </p>]]>
<![CDATA[<p>Les cinq cupules du <a href="http://www.lastree.net/log/2010/02/les_cinq_cupule.php#more" title="voyez"> dolmen de Débès</a> sont des trous de faible profondeur, sans utilité pratique reconnaissable, et analogues à d'innombrables cupules.</p> <br />
<p>Leurs auteurs les ont creusées. Par cet acte, ils sont pareils aux prisonniers du <a href="http://www.lastree.net/situationslog/2010/01/cupules_des_pri_1.php#more" title="voyez"> Château de Foix</a> qui ont creusé de petits trous ronds  sur des bancs en pierre de leur geôle. Ils sont aussi pareils aux écoliers qui creusent sur les tables. L'homme aime creuser. C'est un acte où il se joue. S'il se donne des raisons pour l'accomplir, comme les métaux, les trésors, la connaissance, les morts, ou l'eau, creuser lui est un plaisir fondamental, et ce le serait aussi pour les femmes si l'éducation ne les en privait. Plaisir d'enfant, plaisir d'adultes quand ils se trouvent des prétextes, beaucoup se plaisent aussi à voir creuser, comme l'attestent les regards vers les chantiers. Certes, tous ne creusent pas, n'ont pas creusé, et ne désirent pas regarder creuser, mais les censures expliquent bien des cas.  </p><br />
<p>La cupule est un plaisir, sans cause nécessaire. On peut y voir fantasme sexuel, volonté de connaissance, cupidité, quête macabre, désir du ventre de la mère... Tout à la fois. Creuser est un plaisir fondamental où tout converge. Que les professeurs n'y éduquent pas est preuve de son importance. Les écoliers et les prisonniers creuseurs montrent mieux l'homme que les forts en thème.</p><br />
<p>On peut creuser n'importe comment. On peut creuser sans souci de forme, comme souvent dans les chantiers. On creuse alors avec acharnement. On ravage. C'est horrible. Mais le trou peut être à la fois destruction de formes et forme. Il peut être horreur et mesure. Le trou sans forme est trou sans fond, et progressant en toutes sortes de directions. Ce trou est une tentation monstrueuse, mais le trou modeste, mesuré, et stable recueille, accueille, fait place et permet la récompense d'une pensée. La contemplation de sa forme fait plaisir, car elles une image et un effet heureux de l'homme. </p><br />
<p>Trou modeste, la cupule associe le plaisir de creuser dont la violence ouvre à l'infini, et l'expérience choisie des limites. Elle marie le viol et la retenue, la composition et le néant. Celui qui la creuse est un sauvage cultivé. Il crée de la forme par attaque. </p> <br />
<p>Les cupules n'ont pas d'angle. Pas de cupules carré, triangulaire, rectangulaire, pentagonale, hexagonale, ou dentellée... Les cupules sont généralement rondes, et ovales. Quelques unes ont à peu près la forme de pieds. On les dit <a href="http://www.lastree.net/situationslog/2010/02/img5621petitjpg.php#more" title="voyez"> pédiformes</a>. Mais aucune n'est taillée au cordeau. Leurs auteurs n'ont pas tenté d'imiter les cristaux, dont les formes sont rares dans la nature visible. L'homme moderne, au contraire, quand il est technique, creuse volontiers des trous anguleux, ou des cylindres à fond plat. Mais les cupules sont concaves, et le doigt se plaît à suivre leur douceur. </p><br />
<p>Qui voit sur un rocher un trou anguleux et à fond strictement plat, n'est pas devant une cupule. </p><br />
<p>Les cupules, parmi toutes les formes possibles, ont un petit nombre de formes, et toutes refusent les angles. </p><br />
<p>Manifestement, elles n'ont pas été creusées avec des burins de métal, des pointerolles, des pics dont on verrait ici ou là la trace, et particulièrement dans des <a href="http://www.lastree.net/situationslog/2010/02/cupule_ovale_da.php#more" title="voyez"> cupules bien protégées</a>, comme au dolmen de Débès. Si on ne peut exclure qu'il y ait eu percussion lors du travail de creusement, l'érosion par mouvement circulaire a dû jouer un grand rôle. Des mains ont lontemps fait tourner des outils pour produire les cupules. Il y a eu des rotations. Il y a eu des va-et- vients. Il y a eu des frottements continus au contact du caillou. </p><br />
<p><i>Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage</i>, écrivait Jean de La Fontaine.</p><br />
<p>Les cupules sont oeuvres de <i>patience</i> et de <i>longueur de temps</i>. Il y a plaisir et pensée dans cette continuité en acte, analogue en quelque manière à l'art des vers qui reviennent toujours et progressent ainsi sur eux-mêmes. Les cupules, quoique manifestement discontinues sur les pierres où elles apparaissent, procèdent d'une volonté de pratiquer le continu, dont les formes rondes et douces sont une des figures possibles.</p><br />
<p>Sur la terre, par les rochers qu'elles peuplent, elles sont des marques qui font à la fois territoire et mémoire. Elles travaillent à mettre, dans des lieux où il y a peu d'hommes, le plus souvent en dehors des habitats, comme l'atteste régulièrement le résultat négatif des fouilles au voisinage des pierres non mégalithiques qui les portent, une présence permanente des preuves de l'homme. </p></p>

<p></p>
<p>A suivre]]>
</content>
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<title>Le merveilleux direct</title>
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<modified>2010-02-14T00:10:26Z</modified>
<issued>2010-02-13T19:57:55Z</issued>
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<created>2010-02-13T19:57:55Z</created>
<summary type="text/plain">Par la grâce d&apos;une beauté...</summary>
<author>
<name>Yves Le Pestipon</name>
<url>www.lastree.net</url>
<email>y.lepestipon@lastree.net</email>
</author>
<dc:subject>Coïncidences</dc:subject>
<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://www.lastree.net/log/">
<![CDATA[<p>Par la grâce d'une beauté </p>]]>
<![CDATA[<p>Le merveilleux direct est d'évidence. C'est la poésie en acte par les actes, et hors d'ego. </p> <br />
<p>Quand, au début de son <i>Voyage</i>, Cyrano de Bergerac raconte comment son héros, après discussion avec des amis sur la nature de la Lune, trouve, en arrivant chez lui, sur sa table, un livre ouvert à une page où <a href="http://simple.wikipedia.org/wiki/Gerolamo_Cardano" title="wikipédia"> Cardan</a> raconte que deux vieillards qui lui sont apparus <i>à travers les portes fermées de sa chambre</i> lui ont dit venir de la Lune, voilà du merveileux direct, et vieux. </p><br />
<p>Quand, à la veille de partir pour le désert du Xingyang, en faisant les poubelles vers la place Pinel, <a href="http://www.lastree.net/log/2005/10/sebastien_lespi.php" title="Lisez Colombetto"> Sébastien Lespinasse</a> et moi, nous trouvons un livre sur le Xingyang, voilà du merveilleux direct.</p><br />
<p>Merveilleux direct, l'apparition d'une taupe face à la grotte de Lourdes, le jour de la <a href="http://www.lastree.net/kariye/mt.cgi?__mode=view&_type=entry&blog_id=1&id=5698&saved_changes=1" title="définition"> pinélisation </a>du bord du Gave. </p><br />
<p>Encore Merveilleux direct l'apparition d'un mot irradiant le poème, le retournant, multipliant l'enchantement des lettres, d'un coup, sans calcul d'auteur.</p><br />
<p>Le merveilleux direct ne se raconte pas. Il se vit. On peut, après expérience, tresser des histoires, mais la poésie, comme l'a dit Meschonnic, <i>ne raconte pas d'histoireq</i>. Elle est <i>en avant de l'action</i>, selon Rimbaud. Elle est au vif du merveilleux direct.<p>  <br />
<p>Le merveilleux direct est bien la poésie en acte, par les actes, et hors d'ego. Il est l'effet de la coïncidence, préparée par le désir, le cheminement, l'effort accompli, et aussi par l'initiative,  laissée, non seulement aux mots, mais aux choses, aux femmes, aux pierres, aux caps, aux poubelles et aux feux cligotants. Adieu aux Narcisses. Le merveilleux direct surgit de l'abandon. Un peu d'angoisse, voire d'ennui, souvent de la répétition, du labour, et d'un coup éclat. Cristal Graal. Explosante fixe. </p><br />
<p>Je dois l'expression <i>merveilleux direct</i> à une conversation au Florida, place du Capitole, avec Audrey Garcia, qui me parlait de sa passion pour Jean Cocteau, alors que je lui parlais d'Artaud, parce qu'elle est de Rodez, et que je m'étonnais qu'elle n'ait pas préféré Art à Coq. </p><br />
<p>Elle me glissa <i>le merveilleux direct</i>.</p> <br />
<p>Je fus conquis.</p> <br />
<p><i>Le merveilleux direct</i> est l'expression que je désirais. <a href="http://www.lastree.net/log/2005/10/serge_pey.php#more" title="Lisez Colombetto"> Serge Pey</a> parle de <i>poésie directe</i>, de <i>philosophie directe</i>. Direct va droit au sujet. Direct est efficace, sans afféterie, violent, et fait flamme au merveilleux. </p><br />
<p>Audrey vient de m'adresser la citation précise de Cocteau, extraite des <i>Entretiens autour du cinématograghe</i> : <i>Le merveilleux direct (..) : "c'est lorsque le merveilleux, par un équilibre entre l'imagination et la technique, par une extrême complication préalable, en arrive à être aussi simple que le serait, pour un enfant qui aurait vu fondre du sucre dans l'eau, la surprise de ne pas fondre dans son bain.</i></p> <br />
<p>La citation complète me déçoit. Je n'aime pas le recours, toujours commode, à l'enfant, quand il s'agit d'un effort adulte pour vivre en actes. </p><br />
<p>Je n'aime pas la surprise, d'ailleurs faussement enfantine, de ne pas fondre dans son bain. Cette surprise devant le négatif de la négation n'est pas l'éclatant vif du merveilleux direct. Et que fait là cette baignoire ?  </p><br />
<p>Je n'aime pas l'équilibre, ici, ni la simplicité. Le merveilleux direct est foudroiement, immédiateté, mais pas simplicité d'apparence. Il va de soi, mais ce qui va de soi paraît pas toujours simple. Une taupe surgit face à la Vierge. C'est magnifiquement subtil ! les mots éclatent de présence devant moi. Quelle abondance ! Le ciel est par dessus le toit. Et tu n'es pas tu, toi. ! </p> <br />
<p>Je n'aime pas que le merveilleux précède l'acte, comme le suggère Cocteau : <i>le merveilleux en arrive à être aussi simple</i>... Non. Le merveileux est l'effet surgissant au piéton de la terre quand son désir, d'un coup, produit rencontres splendides, incompréhensibles, et sans intermédaires, hors tout prêtre et prétexte, et même sans langages, bien qu'en langue. </p><br />
<p>Le merveilleux direct bouleverse, mais il est préparé, quoique sans projet. Il vient à qui s'abandonne, comme à Dieu, et en sachant que Dieu l'a abandonné, par exemple pour cause de vide. Ensuite, on peut raconter. On peut toujours raconter. On peut raconter quatre fois. On peut raconter quatre millions de fois. Et on le doit. Le merveilleux direct est hors récit, mais il enclenche les récits, qui ont toujours de l'indirect, des églises, des politiques...</p> <br />
<p>Merci Cocteau pour l'expression. Merci Cocteau pour la merveille d'Audrey la disant au Florida. Merci Cocteau pour n'être pas d'accord avec toi, et m'éprouver. Cocteau, je te vole tes mots aux lèvres d'une beauté, et je pars, dès le Coq, au plus tôt, par Artaud, vers les poubelles, les actes, les gaves, les grottes, et la Vierge Marie, dire <i>oui</i> à l'ange.        </p>]]>
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